
Suite du précédent épisode de « Dieu sera Web ! »..
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Après, je passe d’une étoile à trois, du petit hôtel de la Place Pereire au Folkestone, Paris huitième. Promotion ! Entre Madeleine et Opéra, changez à Neige..
— Pourquoi Changer à Neige ?
Parce qu’il se passe, mes amis, un événement rare. Précieux. Une grâce. Elle tombe du ciel. Il neige toute la nuit ! En pareils cas les bruits sont assourdis. Le tintamarre des voitures qui nous dégourdit d’habitude ne vient pas jouer son rôle de réveil matin.
D’ordinaire l’aube débute avec la ferraillerie lourde à se déhaler de l’auto des poubelles. Elle met un temps fou à apparaître au bord de notre dernier rêve qu’elle déchire. Du fond de la rue. Venelle ou avenue. Nous nous sommes alanguis au lit. La voilà ! Debout !
A chaque stop la remise en route du système de portage et de vidange des containers fait grincer ses rouages avec les mêmes sifflements électriques. Jusqu’au « Klang ! » de la poubelle lorsqu’elle cogne la carcasse de l’avaleuse.
« Klang ! » suivi, trois secondes après, par son écho. A la repose du fardeau vide. Le container retombe au sol alors. Son bruit, bien que fils du premier, est plus creux. Plus sonnant. Plus rebondissant. Il est plus « Klong ! » que son père. On identifie le plastoc. C’est à ce moment là que nous baillons.
Depuis le bout de la rue crapahute donc, métronomique, l’auto du propre. Elle nous a chahuté l’oreiller. Deux mécanismes alternent. Celui de la machine qui avance. Et celui des bras qui s’emparent de nos packs aplatis. De nos cartons piétinés. De nos pelures d’oignons restées au fond des cabas. De nos petites cuillères qui poursuivent leurs conversations avec nos yaourts. Et de quelques os que nous n’avons su donner à aucun chien parce que nous sommes incurieux de ceux qui errent.
Un coup, le phaéton redémarre. Un autre, il s’empare. Un troisième, il digère. Un quatrième, il rejette la coquille vide du container. Lorsqu’il avance, c’est avec de si vrais gémissements d’embrayage et de bielles qu’on le dirait à crémaillère. Après quoi, ronflements, broiements, l’ogre fait son affaire des mélanges.
Sa satisfaction est aussi fournie qu’en veut bien témoigner le dictionnaire des synonymes. On peut se demander si le videur à l’entrée du dico n’a pas lui-même surtout compté sur l’auto des poubelles pour son réveil. S’il ne doit pas aux nuances qui lui cajolaient l’oreille d’avoir gardé son boulot.
Tout en ayant sauvé une minute ici, une autre là. En sur imaginant ce qu’il entendait. Comme le faisait Gaston Bachelard avec son marteau piqueur converti en pic vert. Pour que la poésie soit sauve..
Pour mémoire, Gaston Bachelard évoque son évasion du bruit d’un marteau piqueur qui lui cassait les oreilles. Il rêve – assure-t--il - d’un pic vert. L’oiseau aurait toqué au tronc d’un arbre pour en faire sortir des vers.
Et voilà ! C’est plié. Adieu la rage de dents ! Elle lui avait pris aux percements du poinçon à ressorts sur le bitume qu’il esquille. Oubliées les poussières qui enveloppent le chantier. Le casque du perceur de chaussées qui lui tremblait sur le crâne. Adieu l’idée misérable que l’on se fait de son retour à sa caravane d’immigré. Secoué par ses vibrations de la journée.
Aujourd’hui, l’anecdote Bachelard me semble ressortir de l’escroquerie poétique. Ou bien alors Gaston Bachelard avait à faire à un marteau piqueur homéopathe. Ou de comédie. Qui jouait un rôle dont on avait dû modérer le tapage après les plaintes des voisins.
Il parlait d’un marteau piqueur formé aux ponctuations hésitantes. D’un marteau nourri de doute. D’un piqueur sans conviction. D’un marteau piqueur issu de la race des rien moins que précipités. Des pas plus que ça agacés de ne rien faire. Des non frénétiques du coup de bec. Des pas insatiables en voracité. D’un marteau piqueur piquant peu. Martelant moyen. D’un marteau piqueur à l’écoute des autres et précautionneux comme un démineur d’oreilles.
— Salutation douce du soufflet de Fond de fût.
Retour à l’auto des poubelles, mes amis. On notera d’abord que peu de lettres de l’alphabet sont concernées pour parler de son bruit. L’essentiel du spectre ne balaie que de B à G. Ce que je vais vous démonter sur l’heure.
Autant dire que le gardien du temple (entendons du dictionnaire) a pu finir sa comptée dès les premiers arrivés. A-t-il beaucoup perdu en fermant le bal après ? Qui saura le dire s’il ne s’est appuyé sur le réveil urbain de l’auto nettoyeuse pour ne pas rater son train ?
Le chant du coq n’est pas là ? Mais s’il devait y figurer, ce serait à C. Voyez le videur s’il s’est trompé en lui refusant sa porte. L’alphabet lui-même n’y est pour rien.
La source, ah ! Le bruit de la source ! Voilà autre chose. Avec elle, nous sommes projetés à l’autre bout de l’alphabet, contrairement à ce qu’énoncé tout à l’heure. Je veux dire à la lettre S. Pourtant, soyons sincère, mes amis, un bruit de source nous a-t-il déjà réveillé ? Il murmure. Il endormirait plutôt.
Examinons donc les autres synonymes de potin du matin. Je veux parler de ceux qui s’en sont tenus à « de B à G » Après quoi on ferme.
- Bourdonnement, n’est pas mal venu. Le hanneton va aussi pour imager ce coléoptère lent. Gras. Affamé du cul qu’est une auto des poubelles consciencieuse jalouse de son label.
- Chuintement rend compte du dialogue entre la mécanique et les courroies. A partir de quoi le mouvement de saisir se convertit en celui de basculer. Les poulies sont les reines de ce charroi. Rien à dire.
- Clameur est exagéré. A moins qu’une foule n’assiste au saisissement arbitraire par la bête à roues d’un animal qui passait par là. D’une personne qui pensait à autre chose. Et Hop ! dans le ventre de la baleine. La multitude clame. Soit ! Elle réclame qu’on lui rende son otage. Adopté au repêchage. Mais dans quel état !?
- Clapotis est inattendu. On pense à d’improbables chargements de liquides. Dans des contenants qui oscilleraient. Mais pour que leur « effet de carène liquide » joue à plein, il faudrait imaginer un volume important. Inavalable par une auto des poubelles ordinaire. A orienter vers pétroliers, porte avions. Refusé.
- Cliquetis peut concerner des mécaniques internes. Mais sont elles audibles du bout de la rue d’où l’auto charge notre sommeil ? Les bisons ont besoin de temps pour se mettre en colère. Ne fait pas l’affaire. Repasser l’examen à la prochaine session.
- Craquement, Bien sur si primeurs, marché, cageots. Adopté.
- Cris. Sauf à en revenir à clameur – vue plus haut – ils ne peuvent provenir que d’embarras accessoires. L’auto des poubelles aurait écrasé quelqu’un. Consulter la main courante du commissariat.
- Détonation. En cas d’émeute ou de guerre seulement.
- Froissement. Pour ne vexer personne on dira oui.
- Frôlement. Utile dans l’imagerie sexuelle du réveil. Les érections matinales sont prisées en ville. Retenu avec mention bien.
- Gargouillis. Plaisant à imaginer. Malheureusement, quand on a vu de face une auto des poubelles, on ne l’imagine pas se livrer à ce qui rappelle la flûte traversière. A orienter vers un autre programme, dans le genre : « J’émets des gargouillis, Docteur, que faire ? »
- Grognement. Là on est au cœur du sujet. Il est remarquable que ce soit à ce synonyme que le videur ait barré la route aux autres impétrants.
Grognement va, de quelque côté que vous regardiez la machine. Avant même de l’entendre. Grognement, par ailleurs, c’est ce qu’inspire la tête de son chauffeur.
Comme il ne fiche pas grand-chose. Alors que ses collègues s’essoufflent et s’affairent. Il prend l’air bougon du grogneur. De celui qui ne veut pas qu’on le voie profiter.
Après, au cul du camion, le grognement est aussi le bruit des containers que traînent ses acolytes depuis le trottoir jusqu’au hanneton insatiable du derrière. Convient aussi au bruit de malaxage des roueries qui lentement tassent les ordures précédentes pour faire de la place aux nouvelles.
Répond parfaitement à ce que l’on entend ensuite : le poussoir interne qui compacte. Il hougne. Il peine. Il ahane. Il grogne, c’est vrai ! Au ralenti, son bougonnement ressemble à celui d’un « huit de devant » poussant sur son joug. L’entraîneur crie « Engage », en anglais. Les joueurs s’encornent à leur bélier. Après quoi, ils reçoivent l’ordre de la marche en avant. Ce qu’ils font en grognant.
Grognement est parfait ! On comprend la clôture des candidatures après lui. Il est le meilleur. Même s’il est un peu triste de vous réveiller à cause ou grâce à des « grognements » venus du bout de la rue. Surtout après avoir écarté le murmure d’une source.
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À la semaine prochaine ?
Jean Sébastien Loygue
http://www.loygue.com/
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Wikipedia
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_S%C3%A9bastien_Loygue
— Pourquoi Changer à Neige ?
Parce qu’il se passe, mes amis, un événement rare. Précieux. Une grâce. Elle tombe du ciel. Il neige toute la nuit ! En pareils cas les bruits sont assourdis. Le tintamarre des voitures qui nous dégourdit d’habitude ne vient pas jouer son rôle de réveil matin.
D’ordinaire l’aube débute avec la ferraillerie lourde à se déhaler de l’auto des poubelles. Elle met un temps fou à apparaître au bord de notre dernier rêve qu’elle déchire. Du fond de la rue. Venelle ou avenue. Nous nous sommes alanguis au lit. La voilà ! Debout !
A chaque stop la remise en route du système de portage et de vidange des containers fait grincer ses rouages avec les mêmes sifflements électriques. Jusqu’au « Klang ! » de la poubelle lorsqu’elle cogne la carcasse de l’avaleuse.
« Klang ! » suivi, trois secondes après, par son écho. A la repose du fardeau vide. Le container retombe au sol alors. Son bruit, bien que fils du premier, est plus creux. Plus sonnant. Plus rebondissant. Il est plus « Klong ! » que son père. On identifie le plastoc. C’est à ce moment là que nous baillons.
Depuis le bout de la rue crapahute donc, métronomique, l’auto du propre. Elle nous a chahuté l’oreiller. Deux mécanismes alternent. Celui de la machine qui avance. Et celui des bras qui s’emparent de nos packs aplatis. De nos cartons piétinés. De nos pelures d’oignons restées au fond des cabas. De nos petites cuillères qui poursuivent leurs conversations avec nos yaourts. Et de quelques os que nous n’avons su donner à aucun chien parce que nous sommes incurieux de ceux qui errent.
Un coup, le phaéton redémarre. Un autre, il s’empare. Un troisième, il digère. Un quatrième, il rejette la coquille vide du container. Lorsqu’il avance, c’est avec de si vrais gémissements d’embrayage et de bielles qu’on le dirait à crémaillère. Après quoi, ronflements, broiements, l’ogre fait son affaire des mélanges.
Sa satisfaction est aussi fournie qu’en veut bien témoigner le dictionnaire des synonymes. On peut se demander si le videur à l’entrée du dico n’a pas lui-même surtout compté sur l’auto des poubelles pour son réveil. S’il ne doit pas aux nuances qui lui cajolaient l’oreille d’avoir gardé son boulot.
Tout en ayant sauvé une minute ici, une autre là. En sur imaginant ce qu’il entendait. Comme le faisait Gaston Bachelard avec son marteau piqueur converti en pic vert. Pour que la poésie soit sauve..
Pour mémoire, Gaston Bachelard évoque son évasion du bruit d’un marteau piqueur qui lui cassait les oreilles. Il rêve – assure-t--il - d’un pic vert. L’oiseau aurait toqué au tronc d’un arbre pour en faire sortir des vers.
Et voilà ! C’est plié. Adieu la rage de dents ! Elle lui avait pris aux percements du poinçon à ressorts sur le bitume qu’il esquille. Oubliées les poussières qui enveloppent le chantier. Le casque du perceur de chaussées qui lui tremblait sur le crâne. Adieu l’idée misérable que l’on se fait de son retour à sa caravane d’immigré. Secoué par ses vibrations de la journée.
Aujourd’hui, l’anecdote Bachelard me semble ressortir de l’escroquerie poétique. Ou bien alors Gaston Bachelard avait à faire à un marteau piqueur homéopathe. Ou de comédie. Qui jouait un rôle dont on avait dû modérer le tapage après les plaintes des voisins.
Il parlait d’un marteau piqueur formé aux ponctuations hésitantes. D’un marteau nourri de doute. D’un piqueur sans conviction. D’un marteau piqueur issu de la race des rien moins que précipités. Des pas plus que ça agacés de ne rien faire. Des non frénétiques du coup de bec. Des pas insatiables en voracité. D’un marteau piqueur piquant peu. Martelant moyen. D’un marteau piqueur à l’écoute des autres et précautionneux comme un démineur d’oreilles.
— Salutation douce du soufflet de Fond de fût.
Retour à l’auto des poubelles, mes amis. On notera d’abord que peu de lettres de l’alphabet sont concernées pour parler de son bruit. L’essentiel du spectre ne balaie que de B à G. Ce que je vais vous démonter sur l’heure.
Autant dire que le gardien du temple (entendons du dictionnaire) a pu finir sa comptée dès les premiers arrivés. A-t-il beaucoup perdu en fermant le bal après ? Qui saura le dire s’il ne s’est appuyé sur le réveil urbain de l’auto nettoyeuse pour ne pas rater son train ?
Le chant du coq n’est pas là ? Mais s’il devait y figurer, ce serait à C. Voyez le videur s’il s’est trompé en lui refusant sa porte. L’alphabet lui-même n’y est pour rien.
La source, ah ! Le bruit de la source ! Voilà autre chose. Avec elle, nous sommes projetés à l’autre bout de l’alphabet, contrairement à ce qu’énoncé tout à l’heure. Je veux dire à la lettre S. Pourtant, soyons sincère, mes amis, un bruit de source nous a-t-il déjà réveillé ? Il murmure. Il endormirait plutôt.
Examinons donc les autres synonymes de potin du matin. Je veux parler de ceux qui s’en sont tenus à « de B à G » Après quoi on ferme.
- Bourdonnement, n’est pas mal venu. Le hanneton va aussi pour imager ce coléoptère lent. Gras. Affamé du cul qu’est une auto des poubelles consciencieuse jalouse de son label.
- Chuintement rend compte du dialogue entre la mécanique et les courroies. A partir de quoi le mouvement de saisir se convertit en celui de basculer. Les poulies sont les reines de ce charroi. Rien à dire.
- Clameur est exagéré. A moins qu’une foule n’assiste au saisissement arbitraire par la bête à roues d’un animal qui passait par là. D’une personne qui pensait à autre chose. Et Hop ! dans le ventre de la baleine. La multitude clame. Soit ! Elle réclame qu’on lui rende son otage. Adopté au repêchage. Mais dans quel état !?
- Clapotis est inattendu. On pense à d’improbables chargements de liquides. Dans des contenants qui oscilleraient. Mais pour que leur « effet de carène liquide » joue à plein, il faudrait imaginer un volume important. Inavalable par une auto des poubelles ordinaire. A orienter vers pétroliers, porte avions. Refusé.
- Cliquetis peut concerner des mécaniques internes. Mais sont elles audibles du bout de la rue d’où l’auto charge notre sommeil ? Les bisons ont besoin de temps pour se mettre en colère. Ne fait pas l’affaire. Repasser l’examen à la prochaine session.
- Craquement, Bien sur si primeurs, marché, cageots. Adopté.
- Cris. Sauf à en revenir à clameur – vue plus haut – ils ne peuvent provenir que d’embarras accessoires. L’auto des poubelles aurait écrasé quelqu’un. Consulter la main courante du commissariat.
- Détonation. En cas d’émeute ou de guerre seulement.
- Froissement. Pour ne vexer personne on dira oui.
- Frôlement. Utile dans l’imagerie sexuelle du réveil. Les érections matinales sont prisées en ville. Retenu avec mention bien.
- Gargouillis. Plaisant à imaginer. Malheureusement, quand on a vu de face une auto des poubelles, on ne l’imagine pas se livrer à ce qui rappelle la flûte traversière. A orienter vers un autre programme, dans le genre : « J’émets des gargouillis, Docteur, que faire ? »
- Grognement. Là on est au cœur du sujet. Il est remarquable que ce soit à ce synonyme que le videur ait barré la route aux autres impétrants.
Grognement va, de quelque côté que vous regardiez la machine. Avant même de l’entendre. Grognement, par ailleurs, c’est ce qu’inspire la tête de son chauffeur.
Comme il ne fiche pas grand-chose. Alors que ses collègues s’essoufflent et s’affairent. Il prend l’air bougon du grogneur. De celui qui ne veut pas qu’on le voie profiter.
Après, au cul du camion, le grognement est aussi le bruit des containers que traînent ses acolytes depuis le trottoir jusqu’au hanneton insatiable du derrière. Convient aussi au bruit de malaxage des roueries qui lentement tassent les ordures précédentes pour faire de la place aux nouvelles.
Répond parfaitement à ce que l’on entend ensuite : le poussoir interne qui compacte. Il hougne. Il peine. Il ahane. Il grogne, c’est vrai ! Au ralenti, son bougonnement ressemble à celui d’un « huit de devant » poussant sur son joug. L’entraîneur crie « Engage », en anglais. Les joueurs s’encornent à leur bélier. Après quoi, ils reçoivent l’ordre de la marche en avant. Ce qu’ils font en grognant.
Grognement est parfait ! On comprend la clôture des candidatures après lui. Il est le meilleur. Même s’il est un peu triste de vous réveiller à cause ou grâce à des « grognements » venus du bout de la rue. Surtout après avoir écarté le murmure d’une source.
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