vendredi 13 mars 2009

Les nouveaux Dieux seront Web !



« Bonjour,
tout le monde n'est peut être pas au courant mais je me trouve dans une situation de recherche d'appartement en ce moment même. Mes colocataires m'ayant laissé sur le plan, j'ai dû chercher tant bien que mal au plus vite.

J'ai certainement trouvé quelque chose mais le temps de remplir le dossier et que les clefs arrivent de Chandernagor, je reste sans rien.

Mes "super" colocataires ( je n'étais pas sur le
bail ) viennent de me dire que demain après midi ils venaient pour faire le ménage dans l'appart et que genre je devais quitter les lieux aussitôt. Je n'aurais jamais demandé cela si je n'avais été dans une telle position, mais l'un d'entre vous aurait il une tite place, juste pour dormir, le temps que tout cela s'arrange.

Je vous remercie.
Cordialement, Rui Albuquerque. »

Non de Dieu ! Avec un nom pareil, se retrouver à la rue !
Alfonso de Albuquerque participa à une expédition en Inde en 1503, puis à Madagascar en 1505. Il prit l'îlot de Socotora en 1506 (entrée de la mer rouge) et Ormuz en 1507 (entrée du golfe persique). Il verrouillait ainsi les voies maritimes arabes qui descendaient le long de l'Afrique. Il succéda à d'Almeida comme vice-roi des Indes en 1508 et contribua à l'extension de l'empire colonial portuguais de Manuel Ier. Il surveilla ses routes maritimes, coulant sans pitié les bateaux arabes avec leurs occupants. Il prit Goa en 1510 (en la pillant) et en fit la capitale des possessions portugaises. Il dépassa la côte Malabar, celles de Ceylan et prit Malacca en 1511, ce qui permit aux Portugais de commercer avec le Siam, la Chine et les Moluques ("Iles aux épices").
Désormais, la route de la soie qui aboutissait à Venise ou Gênes était doublée par les voies maritimes portugaises, amenant ainsi les trésors de l'orient en Europe par Lisbonne.
http://www.publius-historicus.com/albuquer.htm
Ailleurs sur le Web : « Le navigateur portugais prend possession de la cité de Goa, à 400 km au sud de Bombay. La ville devient la capitale de l'empire portugais des Indes orientales jusqu'à sa restitution à l'Inde de Nehru 12 décembre 1961 ».

Voilà ! Depuis 1961 la famille ne s’est pas remise du coup porté par Gandhi ! Et les Albuquerque errent de coloc en coloc. D’où, en plus, on les jette !

Les nouvelles technologies, c’est ça aussi : vous trébuchez sur un nom magique. Et Google vous dit tout sur lui. De même que l’exquis Rui vous livre son émoi par la messagerie de la boite..

La boucle est bouclée. L’histoire vient de renverser son sablier. L’heure coule à l’envers des anciennes privautés. Elles ont rendu leurs tabliers. Même si, n’en doutons pas, ce gentil petit ru de Rui dans son infortune trouvera, grâce à Internet, le moyen de reprendre la main sur son destin. Dans laquelle une clef ouvrant la porte. Derrière laquelle de vrais amis.

Le second niveau de paradoxe entre l’alarme de Rui Albuquerque et le rayonnement de son nom vient du fait que c’est dans la ville d’Albuquerque, nouveau Mexique, qu’en 1975 Bill Gates et Paul Allen inventeraient l’informatique personnelle..

*

Je ne vous dis pas la profondeur de souffle de la forge de Fond de fût.. Pied de Vigne, quand à lui, s’employait à dégauchir un requiem qui refusait de rigoler.

Pied de Vigne, souvent ainsi s’occupe les mains pour mieux réfléchir. Il est improductif de lui demander alors les chances de succès qu’il accorde à ses ébauches. De crâne sans tempes pour lutter contre la migraine, par exemple.

Je poursuivais.

Tous ces noms, ces bruits de font de l’univers que j’entends au téléphone conjurent à ceci, mes amis : Alexandra Atamaniouk ne veut plus de l’hiver. Shéhérazade oublie ses contes à genoux. Albuquerque cherche un abri. Pour chacun d’entre eux les nouveaux Dieux seront Web !

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À la semaine prochaine ?


Ou plutôt, non.. la suite est à découvrir dans le bouquin (jusqu'ici feuilletonné pour son premier tiers).

Bien cordialement,

Jean Sébastien Loygue
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vendredi 6 mars 2009

Léon


Suite du précédent épisode de « Dieu sera Web ! »..
- Chez Atlantica - http://www.atlantica.fr/catalogue.php?id_club=&id_partner=&RefLien=&br_ident=&CodePromo=&tps=1226425030&nomSession=1226424988&sid=9e5e68b0838b124cb144eb1a964b0729&go=Go&Affichage=simple
8 - « Léon »

Je viens donc à peine de faire mon choix qu’un nouveau DG nous est donné chez UWellCom ! Celui qui flingue sur l’Intranet, vous vous rappelez ? 1M94, plus du quintal. On sent qu’il aimerait terrifier par sa seule apparence. Ce qui le rend presque touchant. Il se présente à nous avec ces mots « On me surnomme Léon » ; chacun a en mémoire le film où Jean Réno joue nettoyeur, lisez : tueur à gage..

Frimas dans les cœurs. Coup de vent sur les nuques. Quelles têtes vont-elles tomber ? Moment de flottement dans les regards. Qui va trahir qui ?

Xérès, si on le compare à Jacques Jack, très grand lui aussi mais sec comme un hareng. Xérès fait cow boy de seconde génération. Le premier (Jacques) inventait les parcours des bêtes à transhumer d’un océan à l’autre. Xérès balise les haltes de péages… Il fertilise l’héroïsme.

Le créateur est passé entre les flèches de tribus innombrables, songez, d’ouest en est : les Chickasaw, les Seminoles, les Cherokee, les Blackfeet, les Cheyennes, les Sioux, les Pawnee, les Comanches, les Crows, les Nez Percés, les Yakima, les Cayuse, les Wenatchee les Shoshone, les Ute, les Paiute les Yurok, les Salina, les Kawaiisu. Pour finir avec celles qu’il préférait affronter, presque arrivé devant l’Océan Pacifique : les Mohave et les Apache, les Kiowa, et les Navajo, les Hopi, et les Yuma.. Que de massacres pour y parvenir !!!!!

Il a roulé sa couverture au pied d’un arbre le soir. Pour qu’au matin la rosée ne lui glace les os. Il a tendu l’oreille aux hurlements des hyènes, Jack Jack, inventeur et cruel.

Xérès surgit à un moment de l’histoire où les bisons se font plus rares que les saloons. Où les plumes de Jéronimo posent pour la gloire, oui, mais accrochées au mur..

Il aura donc à fructifier l’aventure qu’il n’a pas vécue, Xérès. Ce qui faisait le ventre plat de Jacques Jack était la méharée. Ce qui rebondit de lard exquis celui de Xérès ce sont ses noces de gosse arrivé au monde avec sa petite cuillère aux lèvres en argent, une rue qui porte son nom, une famille qui y plastronne depuis deux cents ans. En faisant descendre les poubelles par des bonnes.

Heureusement nous sommes à Marseille. Ce pourquoi il reste en lui quelque chose du bandeau sur l’œil. Les défis d’homme lui font regret. Le risque. La fureur. La sueur de l’étreinte lorsque l’on se bat avec un chacal (« On avait dit : pas les griffes ! »). L’eau brûlante versée dans un tonneau où il serait nu. Après deux semaines à convoyer puant dix mille têtes dans la pampa. Eau versée tout à l’heure par une belle aux seins érectiles et au bras gauche court.

— Court ? Demande Fond de fût.
— Je veux dire invisible sous les bulles..

— Et sa voix t’inspire quoi ? s’enquiert Pied de Vigne.

Parfois du bedon, une retenue avant de gerber. Trop mangé. Trop facile de donner les baffes. Buerk ! Dans ces cas là on se demande s’il ne va pas roter gras. Péter lourd. On entend un rien qui s’emmerde aussi.

Même si un beaucoup qui darde est perceptible. Mais engoncé par trop d’intelligence apprise. Pas assez d’inattendu dans sa vie quotidienne, de véritables surprises. Et non seulement celles de changements de hub pour des meetings que l’on déplace sur l’agenda jusqu’au dernier péage du « pourquoi faire ? ».

Oui, j’entends parfois comme un empêchement agacé à commencer sa vie de jeune homme avec des fragrances passées dans l’air sépia autour de soi. Une anémie graisseuse de l’esprit familial qui fait une pâteuse émulsion avec des envies d’aventures.

Mélange de satiété et de courage en fin de parcours à la cour. Désir d’exister, lorsqu’on porte un nom de rue près d’un port qui ne fut pas canotier, mais flibustier !

Si Xérès avait pratiqué le rugby, il aurait fait partie de ces joueurs un peu « connards ». C'est-à-dire mauvais perdants, passionnés, plutôt méchants, sans lesquels aucune équipe ne gagne. J’apprécie ces moments où le couillu s’empare chez lui du parvenu.

De temps en temps, d’ailleurs, il se lâche : « Pow ! Pow ! Pow ! » Son naturel forban lui remonte aux bretelles. Les coups de colt entendus au début du livre secouent sa pétole (période sans vents et où en mer on s’emmerde)..

Et, puisque j’évoque l’Intranet de la boite, vous savez ce que je viens d’y lire ?

— Tu vas nous le dire..

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Jean Sébastien Loygue
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vendredi 27 février 2009

L'auto des poubelles



L’auto des poubelles..
Quand la grosse bête à mandibules passe sous nos fenêtres, après avoir nettoyé la chaussée et douché nos rêves par la même occasion, il est temps de remplir notre chaussette à café. De Colombie ou pas. De Noémie, ou de Cécile. Cela dépend de la compagnie avec laquelle nous l’allons boire.

Mes grandes filles, lorsqu’elles furent si petites, ont identifié les bonnes personnes à cela : celles qui préparaient le matin du chocolat était des amies. Celles qui se faisaient un moka perso des salopes. On n’évitera pas que les enfants préfèrent les rivières bordées d’arbres en sucre aux acidités des petits rus égoïstes.
*

Mais s’il a neigé, que faire ? Qui plus est, assez pour que l’auto des poubelles n’ait pu sortir de son garage ? S’il a neigé si généreusement qu’aucun véhicule ne roule ? S’il a neigé si fort que la place Vendôme est blanche. Sans une trace de pneus.. Hé bien, lorsqu’il a neigé pareillement, mes amis, et que le ciel est si bleu maintenant, nous tombons du lit en plein jour ! Nous devrions être ailleurs. A faire autre chose que nous émerveiller du grand silence venu nous bénir, oui, mais c’est comme ça !

Je réalise, derrière ma « banque » (je dormais tout habillé au Folkestone comme dans l’hôtel de la Place Pereire) que trois chambres au second ont demandé un réveil pour leur avion. Il décolle à huit heures ! Il est huit heures trente ! Je me rappelle qu’en plus d’elles, six autres, d’amoureux, ont commandé des petits déjeuners au lit. Avec beurre ET confiture. ET tartines. ET croissants. Je réalise que pour ce faire, je dois toquer chez le boulanger.

Je saute sur mes pieds. J’appelle les chambres avion. Je dis : « Hello ! Six o’clock, Sir. Time is up.. ». Je bondis avec le panier pour le pain chaud. Je plante ma petite clef dans sa serrure au ras du sol dans le portail de verre. J’ai du mal. Je tremble.

Enfin, il s’ouvre. Je m’élance. Le panneau transparent se referme derrière moi. Je cours à mes achats. Je reviens. Porte close ! Bien sûr, la clef est restée à l’intérieur. Je la vois à travers la vitre ! Je sonne pour réveiller le veilleur de nuit. Pour qu’il m’ouvre.. Pas de réaction. J’insiste. Jusqu’à ce que je me souvienne..

— Que c’est toi ? Suggèrent les amis.
— Oui !

Trois Irlandais à moitié à poil dévalent l’escalier. Ils brandissent leurs poings vers le bureau. Où je ne suis pas. Dans un mouvement giratoire mis en route par l’escalier rond qu’ils ont emprunté pour aller plus vite qu’avec l’ascenseur.. Ils me découvrent. Mais dehors ! Un moment, nous restons face à face. Nous sommes séparés par la porte transparente qu’ils bousculent. Elle ne cède à aucune de leurs insolences. Qui se font bientôt des supplications…

Et puis, brusquement, je vois passer les yeux du plus éveillé du rouge au bleu. Ceux du plus hostile de la fureur à l’attendrissement. Ceux du plus lent, du sommeil à l’amour. Il a suffi d’un bâillement qui a failli lui faire rater une marche pendant sa descente hélicoïdale. D’où il est passé à un émerveillement béat. Puis excitant. Enfin capable de ranimer le plus sommeilleux des morts.

Il a suffi que mes trois irlandais cessent de me défier à hauteur de visage. Et de me dire d’intraduisibles formules de mécontentement. Il a suffi qu’ils baissent leurs regards. A l’origine injecté pour le premier. Allumé d’éclairs pour le second. Et embué de nuit pour le troisième. Vers quoi ?

— Mes amis restaient cois..

Vers les vingt centimètres de neige où avaient disparu mes pieds.

Alors mes clients comprennent que leur avion ne décollera pas. Qu’ils ont quartier libre pour découvrir Saint Petersbourg sans quitter Paris. Qu’ils vont pouvoir jouir sans compte à rendre à personne – si ce n’est brandir une première de couve de quotidien français à leur retour au travail. Deux jours plus tard.

En attendant, ils vont jouir ! De quoi ? Du jumelage silencieux de Paris et d’une ancienne capitale de Tsar. Cela, grâce à une neige qui unit pareillement dans les deux métropoles, statues, passants, avenues, limousines, jardins et chaussées. Grâce à une neige qui fait cloche au dessus des becs de gaz sur leurs jolies lumières jaunes. Une neige qui anoblit des arbres à qui l’on a envie de dire « Majesté ». Une neige qui couvre les jardinières sur les balcons où cessent de se demander ce qu’ils font là des semis de plantes aromatiques. Puisqu’ils se savent, ces semis, couverts à présent sous un moule meringué de paix.

La pâte en a levé dans le four à froid du Père Noël. Elle est juste assez gonflée, cette pâte, à persil, à ciboulette, à giroflées - sans compter combien d’autres graines fécondées par les pollens d’un printemps volage ? (après quoi elles se sont enterrées furtivement dans les bacs à fleurs) elle est assez montée, donc, cette pâte à croûte de la neige qu’il est temps que l’on hèle les invités : « L’hiver est prêt ! Passons au balcon. On peut rêver toute la journée ! »

*

Le temps est venu de choisir, mes amis. Ou bien j’embarque avec PataTrak et ses deux co-présidents l’un derrière l’autre. Ou bien je travaille UWellCom au corps jusqu’à « entrer dans l’histoire de la famille ». Comme tu me l’as dit un jour, Pied de Vigne. C'est-à-dire jusqu’à les convaincre d’échanger avec leur cold caller de l’intelligence métier. Ils y consentent. Je reste avec eux.

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vendredi 20 février 2009

D’une étoile à trois..



Après, je passe d’une étoile à trois, du petit hôtel de la Place Pereire au Folkestone, Paris huitième. Promotion ! Entre Madeleine et Opéra, changez à Neige..

— Pourquoi Changer à Neige ?

Parce qu’il se passe, mes amis, un événement rare. Précieux. Une grâce. Elle tombe du ciel. Il neige toute la nuit ! En pareils cas les bruits sont assourdis. Le tintamarre des voitures qui nous dégourdit d’habitude ne vient pas jouer son rôle de réveil matin.

D’ordinaire l’aube débute avec la ferraillerie lourde à se déhaler de l’auto des poubelles. Elle met un temps fou à apparaître au bord de notre dernier rêve qu’elle déchire. Du fond de la rue. Venelle ou avenue. Nous nous sommes alanguis au lit. La voilà ! Debout !

A chaque stop la remise en route du système de portage et de vidange des containers fait grincer ses rouages avec les mêmes sifflements électriques. Jusqu’au « Klang ! » de la poubelle lorsqu’elle cogne la carcasse de l’avaleuse.

« Klang ! » suivi, trois secondes après, par son écho. A la repose du fardeau vide. Le container retombe au sol alors. Son bruit, bien que fils du premier, est plus creux. Plus sonnant. Plus rebondissant. Il est plus « Klong ! » que son père. On identifie le plastoc. C’est à ce moment là que nous baillons.

Depuis le bout de la rue crapahute donc, métronomique, l’auto du propre. Elle nous a chahuté l’oreiller. Deux mécanismes alternent. Celui de la machine qui avance. Et celui des bras qui s’emparent de nos packs aplatis. De nos cartons piétinés. De nos pelures d’oignons restées au fond des cabas. De nos petites cuillères qui poursuivent leurs conversations avec nos yaourts. Et de quelques os que nous n’avons su donner à aucun chien parce que nous sommes incurieux de ceux qui errent.

Un coup, le phaéton redémarre. Un autre, il s’empare. Un troisième, il digère. Un quatrième, il rejette la coquille vide du container. Lorsqu’il avance, c’est avec de si vrais gémissements d’embrayage et de bielles qu’on le dirait à crémaillère. Après quoi, ronflements, broiements, l’ogre fait son affaire des mélanges.

Sa satisfaction est aussi fournie qu’en veut bien témoigner le dictionnaire des synonymes. On peut se demander si le videur à l’entrée du dico n’a pas lui-même surtout compté sur l’auto des poubelles pour son réveil. S’il ne doit pas aux nuances qui lui cajolaient l’oreille d’avoir gardé son boulot.

Tout en ayant sauvé une minute ici, une autre là. En sur imaginant ce qu’il entendait. Comme le faisait Gaston Bachelard avec son marteau piqueur converti en pic vert. Pour que la poésie soit sauve..

Pour mémoire, Gaston Bachelard évoque son évasion du bruit d’un marteau piqueur qui lui cassait les oreilles. Il rêve – assure-t--il - d’un pic vert. L’oiseau aurait toqué au tronc d’un arbre pour en faire sortir des vers.

Et voilà ! C’est plié. Adieu la rage de dents ! Elle lui avait pris aux percements du poinçon à ressorts sur le bitume qu’il esquille. Oubliées les poussières qui enveloppent le chantier. Le casque du perceur de chaussées qui lui tremblait sur le crâne. Adieu l’idée misérable que l’on se fait de son retour à sa caravane d’immigré. Secoué par ses vibrations de la journée.

Aujourd’hui, l’anecdote Bachelard me semble ressortir de l’escroquerie poétique. Ou bien alors Gaston Bachelard avait à faire à un marteau piqueur homéopathe. Ou de comédie. Qui jouait un rôle dont on avait dû modérer le tapage après les plaintes des voisins.

Il parlait d’un marteau piqueur formé aux ponctuations hésitantes. D’un marteau nourri de doute. D’un piqueur sans conviction. D’un marteau piqueur issu de la race des rien moins que précipités. Des pas plus que ça agacés de ne rien faire. Des non frénétiques du coup de bec. Des pas insatiables en voracité. D’un marteau piqueur piquant peu. Martelant moyen. D’un marteau piqueur à l’écoute des autres et précautionneux comme un démineur d’oreilles.

— Salutation douce du soufflet de Fond de fût.

Retour à l’auto des poubelles, mes amis. On notera d’abord que peu de lettres de l’alphabet sont concernées pour parler de son bruit. L’essentiel du spectre ne balaie que de B à G. Ce que je vais vous démonter sur l’heure.

Autant dire que le gardien du temple (entendons du dictionnaire) a pu finir sa comptée dès les premiers arrivés. A-t-il beaucoup perdu en fermant le bal après ? Qui saura le dire s’il ne s’est appuyé sur le réveil urbain de l’auto nettoyeuse pour ne pas rater son train ?

Le chant du coq n’est pas là ? Mais s’il devait y figurer, ce serait à C. Voyez le videur s’il s’est trompé en lui refusant sa porte. L’alphabet lui-même n’y est pour rien.

La source, ah ! Le bruit de la source ! Voilà autre chose. Avec elle, nous sommes projetés à l’autre bout de l’alphabet, contrairement à ce qu’énoncé tout à l’heure. Je veux dire à la lettre S. Pourtant, soyons sincère, mes amis, un bruit de source nous a-t-il déjà réveillé ? Il murmure. Il endormirait plutôt.

Examinons donc les autres synonymes de potin du matin. Je veux parler de ceux qui s’en sont tenus à « de B à G » Après quoi on ferme.

- Bourdonnement, n’est pas mal venu. Le hanneton va aussi pour imager ce coléoptère lent. Gras. Affamé du cul qu’est une auto des poubelles consciencieuse jalouse de son label.
- Chuintement rend compte du dialogue entre la mécanique et les courroies. A partir de quoi le mouvement de saisir se convertit en celui de basculer. Les poulies sont les reines de ce charroi. Rien à dire.
- Clameur est exagéré. A moins qu’une foule n’assiste au saisissement arbitraire par la bête à roues d’un animal qui passait par là. D’une personne qui pensait à autre chose. Et Hop ! dans le ventre de la baleine. La multitude clame. Soit ! Elle réclame qu’on lui rende son otage. Adopté au repêchage. Mais dans quel état !?
- Clapotis est inattendu. On pense à d’improbables chargements de liquides. Dans des contenants qui oscilleraient. Mais pour que leur « effet de carène liquide » joue à plein, il faudrait imaginer un volume important. Inavalable par une auto des poubelles ordinaire. A orienter vers pétroliers, porte avions. Refusé.
- Cliquetis peut concerner des mécaniques internes. Mais sont elles audibles du bout de la rue d’où l’auto charge notre sommeil ? Les bisons ont besoin de temps pour se mettre en colère. Ne fait pas l’affaire. Repasser l’examen à la prochaine session.
- Craquement, Bien sur si primeurs, marché, cageots. Adopté.
- Cris. Sauf à en revenir à clameur – vue plus haut – ils ne peuvent provenir que d’embarras accessoires. L’auto des poubelles aurait écrasé quelqu’un. Consulter la main courante du commissariat.
- Détonation. En cas d’émeute ou de guerre seulement.
- Froissement. Pour ne vexer personne on dira oui.
- Frôlement. Utile dans l’imagerie sexuelle du réveil. Les érections matinales sont prisées en ville. Retenu avec mention bien.
- Gargouillis. Plaisant à imaginer. Malheureusement, quand on a vu de face une auto des poubelles, on ne l’imagine pas se livrer à ce qui rappelle la flûte traversière. A orienter vers un autre programme, dans le genre : « J’émets des gargouillis, Docteur, que faire ? »
- Grognement. Là on est au cœur du sujet. Il est remarquable que ce soit à ce synonyme que le videur ait barré la route aux autres impétrants.

Grognement va, de quelque côté que vous regardiez la machine. Avant même de l’entendre. Grognement, par ailleurs, c’est ce qu’inspire la tête de son chauffeur.

Comme il ne fiche pas grand-chose. Alors que ses collègues s’essoufflent et s’affairent. Il prend l’air bougon du grogneur. De celui qui ne veut pas qu’on le voie profiter.

Après, au cul du camion, le grognement est aussi le bruit des containers que traînent ses acolytes depuis le trottoir jusqu’au hanneton insatiable du derrière. Convient aussi au bruit de malaxage des roueries qui lentement tassent les ordures précédentes pour faire de la place aux nouvelles.

Répond parfaitement à ce que l’on entend ensuite : le poussoir interne qui compacte. Il hougne. Il peine. Il ahane. Il grogne, c’est vrai ! Au ralenti, son bougonnement ressemble à celui d’un « huit de devant » poussant sur son joug. L’entraîneur crie « Engage », en anglais. Les joueurs s’encornent à leur bélier. Après quoi, ils reçoivent l’ordre de la marche en avant. Ce qu’ils font en grognant.

Grognement est parfait ! On comprend la clôture des candidatures après lui. Il est le meilleur. Même s’il est un peu triste de vous réveiller à cause ou grâce à des « grognements » venus du bout de la rue. Surtout après avoir écarté le murmure d’une source.

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vendredi 13 février 2009

7 – Veilleur de nuit



7 – Veilleur de nuit

A chaque retour au pays depuis l’histoire du parapluie, Pied de Vigne et Fond de fût m’adressent la même requête : « Raconte ! » Avec une question subsidiaire : « Combien de cravates as-tu vendu cette fois vu que les tarifs SNCF augmentent ? On l’a lu dans La Dépêche »

— Juste de quoi reprendre le train vers vous.
— Toujours le même invendu ? veulent-ils savoir...
— Toujours…
— Bon, allez, bravo ! Mais, pour le boulot, tu as fait chou blanc, c’est ça ?

La forge soufflait doux. Je sentais qu’elle se serait contentée d’un mensonge. Les boulets ranimés auraient fait semblant de rougeoyer comme si de rien n’était. Le charbon est amical aux fables.

Mais non. Je répondais : « pas exactement ». Ce qui est une façon polie de dire « non ». Je précisais que j’allais oublier, dans ma panique, de leur parler d’un troisième rendez-vous avec un possible nouveau partenaire : Eldorado, géant mondial de la Pub.

Je rencontre, en effet, après David Siboni, deux Présidents de ses filiales : PataTrak Digital et PataTrak Global. Nous avons dialogué auparavant. Lors de « Conférences call ». A l’oreille, je les ai sentis tendus. Peu à l’aise face à leur avenir. Peu clairs dans leurs ambitions. Fragiles. La vanité constituant le premier énergétique de ce sport (la Com), ils me semblaient en manque d’assurance que leur dealer favori leur fasse crédit.

La situation est donc idéale. Même si ambiguë.

D’une part, en effet, le moment d’incertitude que je pressens chez eux valorise mon offre d’ouvreur d’opportunités. « Chique ! Voilà la fée qui va nous sauver la mise. »

D’une autre, cette même situation peut déclencher que l’on me survalorise. On peut craindre alors que mes interlocuteurs se pensent :

— Non seulement il va nous éclairer la route, ce Gascon goûteur de bolets tête de nègre. Mais en plus il vient assurément avec les contrats prêts à signer. Il aura eu la sagesse de ne pas les confier à son partenaire actuel.

— Tss ! Tss ! Font Fond de fût et Pied de Vigne qui apprécient modérément la trahison..

Je vous comprends, mes amis, mais dans ce métier, personne ne migre sans une caravane porteuse de promesses de bizz.

— Perplexité de la forge.

Mes deux Présidents ont donc les yeux brillants. Ils espèrent que je débâte mes mules.

L’un est plus joyeux que l’autre qui me semble, lui, expéditif et rusé. Lequel va-t-il dévorer son compère ? Le rusé a le cul triste. Son pote n’aura pas le temps de se retourner.

Et il m’appelle Jean, ce con ! Jean Sébastien serait trop long ? Je me dis : il ne faudra pas oublier de cirer ses bottes, s’il les laisse dans le couloir, à la porte de sa chambre..

— Pourquoi parler de ça ?
— Parce que cela me rappelle quand je fus veilleur de nuit..
— Tu nous racontes ?

Fin de saison. Je ferme ma boutique de brocanteur en Provence. Après avoir inventé une époque nouvelle : le Louis XIV-Dix Huit. J’ai vingt deux ans. Je remonte à Paris. Deux boulots : rédacteur de jour dans un hebdo. Veilleur de nuit le reste du temps.

— Comment vous appelez-vous ?
— Jean Sébastien..
— Très bien, ce sera « Monsieur Jean. ». Vous entendez, Germaine ?

Elle ne s’est pas privée d’entendre, Germaine, qu’elle aurait à me donner du « Monsieur Jean ». Pensez, un jeune homme à commencer dans le métier : la gloire pour une ancienne. Fini les oreillers à regonfler à grands coups de poing dans l’urgence...

— Monsieur Jean, le café du 5. Monsieur Jean, la valise de ces Messieurs Dames..
— Monsieur Jean, vous n’oublierez pas de cirer les chaussures laissées devant les portes..

Mais au milieu de la nuit, une autre voix que celle de Germaine :

— Monsieur Jean, voici pour vous !

Le VRP du sixième est ponctuel. Il fait claquer sa pièce de 1 Franc sur le comptoir. Derrière lequel je dors. C’est un habitué de libéralités entre ratés et rats d’hôtels. Sans elles il aurait senti venir, avec l’âge, une image non reconnue de lui-même.

Je lui dis « Merci ! ». Grâce à quoi il continue d’exister tel qu’il en a l’habitude, jusqu’à son lit. Au prix de mon sommeil. Il ne gratifie pas sans réveiller. Il fait en sorte que son obole claque. Il aurait évité les billets parce que les sébiles ne demandent qu’à tinter. On l’annonce la veille de ses arrivées avec une voix qui triomphe :

— Nous aurons le 606 par le train de nuit ! (encore une chambre inlouable occupée – sixième étage sans ascenseur !!)

Une nuit de plus qui ne finirait pas sans largesse… Jamais je n’ai autant rêvé que lorsque je fus veilleur de nuit. Je ferme les yeux. J’y suis. Chaque réveil en sursaut me replonge avant le sommeil profond dans une zone intermédiaire propice aux imaginaires. Par exemple : je serais émerveillé un soir par l’invitation d’une jolie stagiaire de chez L’Oréal. Elle pose une pomme dans ma main. Elle dit :

— Venez la croquer dans ma chambre !

*

Le matin, je prends le métro encore ensuqué d’une nuit allongé tout habillé derrière la « banque ». Une espèce de bar. Il fait front à la clientèle. Derrière lui chaque clef habite une case où l’accompagnent (parfois) des messages. On peut rêver d’être aimé, même lorsqu’on relâche dans un hôtel minable.

Je sens la fraîcheur de jeunes femmes. Elles partent au travail. A peine quitté le lit. La douche prise. Le dernier croissant mordu. Je m’en goinfre comme un ogre l’eût fait après avoir couru en forêt. A la recherche de chair fraîche. L’aurore m’affame..

Quel bonheur de partager mon trajet de Métro sous terre ! Le Franc du 606 atterrit dans la main du premier mendiant assailli comme moi par tant de propreté. De jeunesse. De souplesse sous les jupes. D’entrain. De vigueur chez toutes ces jolies personnes. Elles nous inondent de leurs laits de beauté. De chair. « Ego te absolvo ! ».

Elles nous offrent le recommencement de leurs odeurs à elles. Elles sont nettoyées des anciennes. Elles nous font cadeau du redémarrage de leur vie par chaque pore de leur peau. Leur regard du matin nous éblouit. Il y a en lui tant d’envie ! Que quelque chose de nouveau leur arrive. J’y pense toutes mes nuits. Grâce au VRP du sixième.

— Changez de cavalière… Dit-il..

Il fait claquer sa pièce comme on démarre un orgue de barbarie. Il me relance dans un autre épisode de la série. L’une des si fraîches personnes du Métro de la veille entre alors pour me tenir compagnie.

Sa générosité n’est pas là où il la croit. Elle n’est pas dans la menue monnaie qu’il dépose avec onction. Elle est dans la scène où son rite me fait entrer. Dans le théâtre dont il ouvre le rideau en comptant que je lui cire ses chaussures laissées devant sa porte et lui monte le petit déjeuner au lit...

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vendredi 6 février 2009

J’ai enfin devant moi, là, un petit trésor d’homme..


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J’ai enfin devant moi, là, un petit trésor d’homme. Il est souriant comme un ange. On ne lui aurait pas tout à fait rasé les ailes. Ni les joues. Mais quelque intégriste aurait tenté de le faire rôtir pour qu’il expie ou avoue. Renonce ou renie son projet de créer des « Instants de bonheur ».

Au bout de quoi il lui reste les marques d’un grill de bonne humeur sur la gueule.

*

Nous sommes le cinq juillet 2005. Quarante huit heures de pluie bienfaisante ont succédé à une semaine d’étouffement de la ville, je vous l’ai dit, mes amis. Les franciliens que je croise ont retrouvé du frais dans leurs pensées. L’élasticité de leur pas le montre.

Leurs visages aussi. Ils sont détendus. Leurs yeux sont ranimés. Ils sont sortis de leurs orbites qui sont si souvent des grottes. Des nuages blancs passent pour atténuer le soleil revenu.

De temps en temps, un cumulus porte cette couleur de suie un peu diluée qui annonce un grain. Il sera parcimonieux. Presque pas le temps d’ouvrir son parapluie.

Pourtant, le mien venait de retrouver sa raison d’être, mes amis. En effet, les sifflets des agents s’étaient mis à rouler.. Il s’agit de l’authentique parapluie de berger que vous m’avez offert il y a deux ans. Je m’en sers pour vendre à la sauvette des cravates.

Je l’ouvre. Je lui mets la tête à l’envers. J’en fais déborder les étoffes. Je crie « A la cravate ! A la cravate ! » Je paie mon train grâce à mes gains. Je rentre en Gascogne. Je reviens à vous.. Vous comprenez à présent pourquoi je vous parlais de parapluie tout à l’heure ?

Cette fois je le replie à la hâte avec un unique invendu. La maréchaussée chasse le camelotier..

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vendredi 30 janvier 2009

Les rues..


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Les rues..
Heureusement il y a une rue Jean Cocteau qui n’a nui à personne. Une autre Francis de Croisset. Au nom étrange car il suggère à la fois grandir et mordre dans un petit pain roulé à l’odeur sans pareille. Une rue Pasteur qui fonde pour longtemps notre admiration..

Mais que dire de celles qui ont perdu leurs noms propres d’origine ? Ceux d’odeurs et de métiers ? Et même de lumières de l’air – comme il en fut pour la rue des brouillards ? Rebaptisée en 1970 d’un non de résistante qui n’avait rien demandé. Parce qu’une des filles de la dame s’était piquée de figurer sur une liste électorale ! Je vous jure que c’est vrai.. Je connais et la rue, et la dame.. J’allais dire la tenancière de ce patronyme..

Que dire de rues décapitées en fanfare ? Pour célébrer un poète qui aurait honte aujourd’hui de son ombre portée sur les iniquités du « petit père des peuples » ?

Que dire des victoires napoléoniennes ? Qui ont détourné des sentes remises au droit en tant qu’avenues. Après avoir raboté leurs tournants. Et oublié qu’elles étaient venues de saveurs. Non de sapeurs !

Que dire d’innombrables médecins qui voulurent devenir célèbres. En même temps qu’ils percevaient le déclin de l’Église et se disaient : « Le goupillon est à l’agonie ; il y a une place à prendre pour de nouveaux mystificateurs. Et puis la souffrance des autres m’emmerde ! » ?

Que dire de Périphérique ? Ah ! Celui-là ! On le retrouve à chaque fois que deux époques se rencontrent. La nouvelle fait semblant de cajoler la suivante. Alors qu’elle l’étrangle..

Et puis que sont devenus les Émile Cordon qui se déguisèrent en bout de ficelle en espérant franchir le nouveau siècle sans attirer l’attention ?

Que dire d’Ardouin qui singeait le preux alors qu’il ne fut peut être qu’un argousin faisant dans son froc ? Que dire de lui dont il ne reste rien. Après qu’on lui ait substitué un obscur conseiller d’état dont l’épouse était influente ?

Que n’ont-ils conservé leurs noms de baptême, ces chemins des hommes qui ont préféré porter les patronymes des orgueilleux qui les inauguraient. Au lieu de préserver leur sens à eux. Celui de ceux qui les cheminaient ?

Par exemple celui des Monte à regret. Pour une ruelle conduisant au gibet ? Celui de Berthe au grand pied - un seul - qui fut aimée malgré son infirmité ? Celui d’Angélique qui sentait la cannelle ? Et celui de Cannelle, sa jumelle, au nom d’esclave et de fruit confit ?

Heureusement, à Saint Ouen, il nous reste d’exquises appellations comme on murmure celle d’inconnues croisées en rêve.

Ainsi de la rue Gourgandine, que j’ai cherchée parce que j’étais en avance à mon rendez vous chez « Instants de bonheur ». Et trouvée parce que j’ai eu de la chance. En même temps qu’elle avait eu la bonté de m’attendre.

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vendredi 23 janvier 2009

- David Siboni




De là, je pars voir David Siboni créateur d’une micro entreprise attachante : « Instants de bonheur ». Elle s’appelle comme ça, sa TPE ! Et il ne semble pas prêt à lui changer sa raison sociale. Vous auriez adoré, mes amis..

— Fond de fût arrondissait ses yeux.

Je pense qu’il sera toujours là à semer la bonne graine de sa joie avec les petites roues bienheureuses au vélo d’enfant qu’il a dans la tête. Rafraîchissant !

— Pied de Vigne s’y prenait à deux mains pour écarter ses mèches..

Je l’ai rencontré en plein été. Il venait enfin de pleuvoir trois gouttes sur Paris. Après une semaine de canicule. Les regards étaient lavés.

— Mais sa voix ? Demandait Pied de Vigne, habitué à ce que je rencontre les gens d’abord par téléphone..

Une voix perchée de ténor, Pied de Vigne. Argentique comme celles des basques, flanelle rouge à la ceinture. Cornes au ras du cul dans une volte. Cambrure. Soleil. Corrida.

Une voix qui soulève la cape. Masque l’épée. Punit la bête. Une voix d’éblouissant beau temps. Une voix que récompense la « Présidence » avec une oreille. Un flot d’orgueil brandi dans le soleil.

Une voix qui fait les maestros immobile, Pied de Vigne, « Arrêt sur image ». Ou demis d’ouverture insaisissables.

Ils ont "évité" juste avant qu’un troisième ligne ne les découpe. Ou qu’un Miura ne les ait fait voler par dessus la talanquère. Derrière celle-ci le chirurgien opère sur du sable en urgence. Sol y sangre !

Soit, mes amis : du soleil et du rare. Sous un ciel qui fait tituber. Qui assomme. Brouhaha d’applaudissements. De peurs. De rumeurs et de veuves en pleurs. Le taureau vient d’entrer sur la piste. Terreur !

Oui, il a des résonateurs de passéos dans les fosses nasales, mon novillero. Un son irisant. Il est insolent. Le bonheur est dans son effronterie d’espérer. Il n’a jamais entendu parler du fond des pots que l’on racle avec amertume. Ni de la nostalgie. Il est jeune !

D’abord, je l’entends. Il est si heureux de me raconter ce qu’il fait ! Moi de l’écouter. A-t-il besoin de quelqu’un pour se développer ?

Son idée ? Découper les budgets de com interne – habituellement dilapidés lors d’une manifestation tapageuse annuelle – en micro instants de bonheur. Des tutoiements relationnels au lieu d’un fourvoiement grandiloquent. Idée simple, n’est-ce pas ?

Il travaille sur ce projet avec sa copine. Conquise après qu’il eût publié un livre délicieux « Cent idées pour lui dire : Je t’aime ». Il a choisi la meilleure (idée). La meilleure (copine) a succombé.

Rendez-vous à Saint Ouen. Maisons de briques en enfilade. Un ou deux étages simplement. Quelques jardins. Entretien moyen. Ils rappellent que des poules y picoraient à la sortie de la guerre. Dans la poussière. Si balançoires, leurs anneaux grincent.

Des impasses conduisent à des ateliers. Il y eut des casquettes sur les fronts dans le coin. Des mégots noircis par la salive aux bords des lippes. Des crayons sur des oreilles de chefs de chantiers. Des pantalons de charpentiers. Des « diables » au bout de bras rigolards. Des blagues entre apprentis qui découvraient la vie à quatorze ans.

Ces maisons, et de petits immeubles, dessinent des rues vaille que vaille, avec du hasard dans le tracé. Leurs piétons n’y font pas que passer. Ils y habitent. Le paysage ne leur a pas échappé quand le siècle a changé. Ils marchent lentement. Ils se parlent au calme. On dirait la ville loin.

Les noms de plusieurs anciennes rues leur sont restés. Notamment celui d’Anselme. Un vrai tempérament, celui là ! De maréchal ferrant ou d’arquebusier ? Qu’importe. Un nom d’avant la politique en tout cas.

Celui de Dieumegarde. Il a du en voir des éclats d’épées faire des étincelles sur son armure. Sous laquelle suait sa bravoure d’homme. Que voulez-vous, il avait promis quelque chose. Il le regrettait à présent. Il se disait « Quelle pipe, je fais ! J’aurais eu meilleur compte à tenir ma langue..» pendant qu’une grêle de coups lui tombait dessus.

La rue Soubise, elle, suggère un nom de famille mésalliée à l’idée qu’un vent de famine puisse toujours surprendre une généalogie vaniteuse. Et dormant peut être les pieds en dehors du lit. Ne jamais faire ça ! Celle des Soupirs, quant à elle, laisse espérer qu’ils furent consentis. Sans mains sur la bouche pour les étouffer.

Bien sûr, on trouvera aussi, à Saint Ouen où je vais, une rue Voltaire. Une Racine. Un peu pompeuses. Mais elles auront eu la sagesse de ne pas débaptiser leurs voisines lors d’un changement de majorité.

On verra les croiser, par conséquent, des sentiers aux parfums de lapins revenus à la casserole avec des feuilles de lauriers. Ou de placides rues des rosiers. Un patronyme qui ne doit rien à personne et qui reste un buisson que chacun peut planter, après tout, n’est-ce pas, mes amis ? Démocratique en somme. On pourrait en chanter l’idée.

Ces rues des glycines, ou du muguet, ces chemins des guetteurs au sommet des collines, aucune inauguration n’aura eu besoin, pour les nommer, de drapeaux ceints sur des poitrines. Ni de sonneries aux morts. Ni de veuves à disputer à une dernière maîtresse effondrée l’honneur du disparu. Qui bien souvent n’était qu’un con. Dont elles voulurent, la légitime et l’autre, qu’on le crut ce qu’il n’était pas forcément : un homme vrai.

Il avait sué sur elles. Elles se lavaient de sa mollesse. Avec la noblesse d’un nom de rue. Il vaudrait bien un blason, pensait l’amante non épousée. Et sa rente.

Embouque-t-on une ruelle comme on baise une intrigante ? Mais non ! On ne se pose jamais la question de son élégance morale, à l’allée dans laquelle on s’enfile : on démarre au feu rouge. Point final. Et puis, mes amis, jamais une rue ne crie.. Si ?

Vous ne faites pas comme ça, vous, mes copains ? Vous cherchez à savoir si par hasard vous ne seriez pas en train de vous fourvoyer ? Après avoir tourné à droite ou à gauche dans une inconnue ? Vous attendez que l’on vous délivre une garantie sur la bonne compagnie de la personne qui la nomme ? Sans blague, vous attendez qu’on vous Klaxonne pour embrayer ? Cela m’étonnerait.

— Nous aussi !

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vendredi 16 janvier 2009

5 – Les cyclamens


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5 – Les cyclamens


Je rentre à ma maison comme chaque soir en sortant de notre atelier. Pour découvrir que chez moi les cyclamens ont poussé d’un coup, à l’ombre de deux tilleuls. Puis d’un arbre de Judée et, autrefois, d’un platane. Ce dernier protégeait le sol du soleil du sud. A dix mètres de la porte « noble » de la ferme. Jusqu’à ce qu’un coup de vent l’abatte.

Avant sa chute, en fin de vie qui l’avait épaissi jusqu’à procurer plus d’ombre que nécessaire, il avait cent ans durant tendu désespérément une branche noueuse et longue à l’horizontal en attente de sa balançoire. Il n’en fut plus privé dès notre arrivée.

Un autre arbre, au bout d’un sentier dans une forêt d’impénétrables épineux avait aussi fait des mines aux pitchouns jusqu’à ce qu’ils le chevauchent : il s’agit de « l’arbre à cheval », un amandier dont le tronc s’était coudé en forme de selle pour que dès quatre ans Memphis et Pauline enfourchent ce qu’ils considérèrent aussitôt comme une connivence de la nature envers leur aventure à eux. Aventure qui serait de grandir heureux puisqu’ils étaient accueillis par d’aussi évidents signes de bienvenue.

On entrait dans notre métairie également par d’anciens chais sur l’arrière donnant accès à deux chambres minuscules. Celles d’une seconde famille dont la cuisine était exilée dans un bâti à l’écart où l’on cuisait aussi bien la pâtée pour les cochons que d’impressionnantes cargolades en même temps que la soupe au rare lard de cette demie maisonnée pauvre.

Deux familles d’un même arbre généalogique, par conséquent, aux branches écartées, vivaient sous le même toit. L’une logeait au sud, l’autre à la lumière froide du nord. La première avait acquit, puis élargi sa demeure et accolé une remise dont elle avait aménagé le premier étage pour les immigrés que furent leurs cousins dans le besoin. Après quelle guerre d’Espagne ou d’Italie ?

On échangea du travail contre le couvert et le pain. Les machineries n’étaient pas encore arrivées pour vider les fermes de leurs généalogies. Elles cohabitaient, tressaient l’ail, naissaient et mouraient dans une même attention portée aux semis et aux nuages. On débroussaillait à la hache encore ; on craignait les maladies, l’humeur contraire des orages. Les manigances des sorcières..

En échange du toit et du brouet, donc, ces cousins apportaient leurs bras aux tâches innombrables d’une petite exploitation du dix neuvième siècle sur peu d’hectares harassants.

Tâches parmi lesquels les soins aux vaches pour le veau et le lait. Aux bœufs pour le trait. Au porc pour tout de lui qui se mange. Mais surtout pour les « primeurs » en contrebas où l’eau du val sinuait.

Ce n’était pas rien que de remonter la « côte de bistanflûte », après une journée passée cassé, des panières pleines au dos. Ni par hasard que le lieu dit s’appelle « Empousse ». Ce qui signifie, selon les interprètes, ou bien « lève le coude » ou bien « il faut y aller ! » L’un pouvant d’ailleurs suivre ou précéder l’autre.

Les partisans de « Lève le coude ! » défendaient leur version avec énergie, le poing sur la hanche dans notre cuisine. Comme accoudés à la légende. Et si l’auditoire tardait à les resservir, ils ouvraient des yeux ronds ainsi que l’eût fait un prêtre à qui son enfant de chœur aurait montré, désolé, que la fiole de « buvez en tous » était vide au moment de l’élévation !

Il pouvait s’agir d’un facteur aguerri en étymologie. D’un rôdeur de champignon aventuré dans un sous bois où nous l’avions surpris. Il s’était dit : « L’ancien propriétaire est mort. Personne ne connaît plus l’emplacement du rond de mousserons sinon moi.. Paf ! Les nouveaux occupants.. aie ! aie ! aie ! Tiens, pour m’en sortir, je vais leur raconter Bistanflûte ».

Ces futés élevaient le calice en verre dépoli que nous leur avions tendu plein de vin violet. Ils y cherchaient des transparences. Ils en léchaient les apparences jusqu’à la dernière goutte si sombre qu’à la limite une plume y aurait pu plonger avant de revenir au cahier enfiler des « rondes » joliment séparées par des hampes. Ils péchaient des souvenirs où la liqueur avait montré sa jambe.

Ils n’en finissaient pas de se rappeler leur vie d’avant que nous l’habitions.. « Et le cabanon détruit, à cent mètres de chez vous à peine, vous voyez ? »

Non, nous ne voyions rien. « Mais si, juste au sommet du coteau ». Pardi ! Un talus envahi par les genets nous en séparait. Et puis trois cèdres géants dans lesquels nos garnements construisaient leurs affûts à fille..

Les assoiffés de généalogies propitiatoires aux libations retournaient leur verre vide dans l’espoir que nous les remplissions à nouveau et poursuivaient : « Vous savez ce que nous y faisions ? » Pour un nouveau godet, ils nous auraient raconté la guerre de cent ans.

*


Les cyclamens ont donc poussé à l’ombre de deux tilleuls, de l’arbre de Judée et du platane à terre. « Crack ! » Du coup débité en bûches.

Il s’agit de fleurs basses, modestes, discrètes. Confidentes. Leur rose est presque transparent. Sensibles au soleil, ils avaient fait retraite sous les tilleuls. Eux-mêmes respiraient mieux après la disparition de leur voisin goulu de lumière, le platane.. En attendant le regain de leur ombre, les cyclamens gracieux, on n’en voyait plus guère.

Cela prend des années de grandir pour des tilleuls qui soudain ont de la place. Si bien qu’en attendant de profiter de l’éclaircie inespérée, les cyclamens s’étiolèrent un temps. Comme un tapis s’effiloche à force que trop de bottes éperonnées l’aient arpenté. Miroir aidant. Devant lequel plusieurs générations de spadassins auraient vérifié la rebique de leur moustache. Le frisement de leurs regards à donzelles. Le tombé de leur pertuisane à la hanche. L’inclinaison de leur chapeau à plumes de faisan. Si vous ne voulez pas qu’un beau tapis se perde, placez vos psychés au dessus d’un sol carrelé. Ou bien déséperonnez vos visiteurs à l’entrée.

Une commune et un peu rase et bête herbe les remplaça donc.

Mais les temps sont amis de l’attente. Longtemps après les tilleuls se ramifièrent. Leur grâce se réempara du sol. Leurs fleurs à pistils clochetés entre des pétales longs revinrent plus nombreuses.

Leurs feuilles ont une forme d’as de pique vert pâle. Entre elles, d’étroites sagaies jaillissent avec, au bout, les petites boules que nos grands-mères ébouillantaient pour nous aider à dormir.

Les délicats cyclamens, de leur côté, se trouvèrent bien de cette retenue fraternelle à eux. Ils furent heureux au ras de la terre avec le peu d’effet qu’ils se permettent au bout de leurs courtes tiges. Ils recueillirent à nouveau le soleil tamisé qui s’approchait d’eux comme la brume arrose à peine.

Au bout du compte, dans l’harmonie du cyclamen et des tilleuls on retrouva une pacifique occupation de l’espace qui fait l’arbre « prendre la lumière », comme on dit au cinéma. Et en rendre un brouillard aux fleurs qui n’attendaient que cela pour se multiplier.

Elles se retrouvaient enfin à l’abri d’une bienveillance à laquelle elles se rendirent avec le rose gracieux de leurs pétales semblables aux parures indiennes en forme de flammes.

Mais, entendons nous bien, il s’agit de petits chefs et de courtes tribus : cinq plumes par tête, pas une de plus. Symboles de bravoure, elles s’arrêtent au modeste héroïsme de vivre sans trop de batailles à l’abri d’un arbre à tisanes.

Dix ans après la disparition du platane, le soleil du soir rasait donc à nouveau le semis persillé de ces fleurs minuscules qui avaient fleuri d’un coup. Le long des rayons du crépuscule venus s’étendre là, semer leur or.

Pour bien faire, quelques touffes de colchiques faisaient péter leurs calices allongés d’un jaune guilleret. Dans l’élan presque vertical de feuilles menues. Mais longues. Dont le vert rappelle la peau brillante de grenouilles minuscules qui « luthent ».

Peut être est-ce cette paix qu’entendent mes interlocutrices quand je leur dis « Bonjour.. »
Et qu’elles répondent si souvent : « Ouiiiiiiiii ! »

6 - Instants de bonheur

Quelques jours plus tard, nous mettions la dernière main à la plus récente invention de Pied de Vigne : le dévidoir à anachorètes. Qui, comme son nom le suggère favorise le transit des psalmodies.

Mes amis me demandent les raisons de ma dernière disparition à Paris. Voisine pour eux de l’évaporation pur et simple. Je dois m’expliquer.

Revenons à mon job, mes chers amis. Il a quelque chose de frustrant que je ne vous ai pas encore dit. S’il ne s’agit que de faire consentir des « Ouiiiii… » à une onde, « Ouiiiiii, on se verra, tel jour telle heure.. ». S’il n’y a rien d’expert, chez le « cold caller », derrière ce talent minuscule, ne reste que l’imposture du « souffleur de juments ». Vous ne trouvez pas ?

— Tss ! Tss ! Tss ! Font mes amis, réprobateurs.

Il parle à l’oreille de ces dames, cet homme, n’est-ce pas ? Il ménage sa danse à l’étalon. Vous le savez, Fond de fût, Pied de Vigne, je n’honore aucun de mes rendez vous..

— Lamentation du soufflet.

Vous comprendrez que je supporte mal, dès lors, que nous échangions si peu d’intelligence métier, UWellCom et moi. Mes amis le comprennent. Je demande. J’insiste. J’importune. Mais on m’envoie au bain. Donc je ne suis pas content par ce que, au-delà du charmeur, je ne suis pas compétent.

— Désolation de la forge.

Montée donc à Paris pour me donner des choix. Parmi mes entretiens, un dialogue ultra bref avec le nouveau PDG de Neurônes, Antoine Shpountz.. Je vous le raconte parce que je l’adore.

Quand Antoine Shpountz m’a vu, sa mâchoire est descendue d'un cran. « C'est quoi, ce vieux ? ». Il ne m’avait jusqu’alors qu’entendu.. Le reste fut bref et drôle. A peine assis, j’avais compris que nous n’aurions rien à nous dire.

Il faisait très beau dehors. Je venais de sauver des eaux une abeille. Elle bataillait au milieu d’une mare décorant le jardinet au pied du bâtiment. Pour ce faire, j’avais tourné autour du petit étang. J’avais ramassé un long bois mort. Je l’avais tendu le plus loin possible. L’abeille épuisée s’y était accrochée. Je l’avais reposée sur l’herbe. J’aurais bien aimé vérifier qu’elle se remettait.. En même temps me revenaient deux vers d’une lecture : « Je pose ma main sur sa cuisse chaude, son genou frissonnant et mon cou plein d’abeilles.. »

Je me levais donc pour partir. Et bien, figurez vous qu’Antoine Shpountz n’a pas aimé du tout. Il a ses procédures à lui, comprenez vous. Il a tenu à ce que ce soit lui qui me dise « non » et me mette à la porte. Il y a des gens comme ça : ils ne supportent pas qu'on les quitte avant qu'ils ne vous aient dit "Tout est fini entre nous! »

Je garde un souvenir délectable d’une situation si comique, et de cette sorte de moraine dont un glacier aurait laminé le sourire : sa gueule !

— Fond de fût se grattait le cul.

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vendredi 9 janvier 2009

Agency One ferme donc ses portes à Paris.


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Un personnage marque cette année 2001 : Yahya El Mir.

Agency One ferme donc ses portes à Paris.
UWellCom devient mon nouveau partenaire.

Andalusia O’Flaherty et Marco Del Carnaval, ses créateurs avec Jérôme Badaboum, ont tout compris du marketing interactif et multi canal depuis le début d’Internet. Et voilà que le haut débit, à partir de 2003, leur donne enfin raison d’avoir entrepris.. Je les rejoins à ce moment là. Mon contact est Andalusia. Je le dois à mon ami Yahya El Mir, avec qui nous avons chassé au sortir de la déconfiture d’Agency One France. Ce qui me vaudra de lui devoir beaucoup pour beaucoup d’ans..

Au prénom exotique d’Andalusia, cambré, allumé sous un soleil qui fait péter des boutons dorées sur des rubans rouges, à ce prénom dont la nuque est fière et les cheveux de jais mi longs, à ce nom d’Andalusia, Pied de Vigne et Fond de fût chantonnent : « Nous pourrions, nous aussi, inventer des prénoms aussi séduisants.. C’est autrement plus facile que de forger des alambique à paraphrase ou des bicyclettes à galimatias.. » Ils sont un peu jaloux, quoi !

Pourtant, c’est vrai qu’elle s’appelle Andalusia, ma nouvelle boss. Et que je l’entends avant que je ne la voie. Nous avons débrouillé les termes du contrat d’abord au téléphone. Ce que je ressens est si vif que je vous le livre, mes amis, cru comme perçu. Même si, on le verra, la personne n’épouse en rien l’idée espagnole que son prénom fait rêver d’enlever à cheval..

Ce qui me vient dans le casque, d’abord, est le cristallin d’un cœur écorché de blonde, au contraire. Un ongle (un oncle ?) l’aurait rayée ?

J’imagine une commissure à des lèvres de honte tue. Je me dis : salaud de prêcheur ! J’entends un dialogue :

— Tu ne diras rien ?
— Je ne dirai rien..
— Il fallait survivre, tu comprends ?

Andalusia comprend, s’amure de chasteté. Se réfugie des hommes de la méharée depuis l’Atlantique jusqu’à ce que murmure le Pacifique aux oreilles d’Il était une fois dans l’Ouest..

*

Enfin, maintenant je la vois vraiment.. L’oncle abusif a disparu. Elle n’est pas seule. Ma belle américaine est escortée par un cavalier au ventre affamé. Par un homme de promesses tenues. De troupeaux qu’on lui vole et qu’il reprend à coups de fusil, qu’il revend de l’autre côté des Etats du sud.

Il a un visage puissant, le cow boy d’Andalusia. Son front attend des cornes de taureau brave. Sa bouche a moins appris à embrasser qu’à sucer le venin d’un serpent sur une plaie d’ami que l’on sauve. Avec au dessus, en haut des pommettes, à l’ombre de son stetson, des yeux en gros plans pendant le générique du western.

Du sable et des éperons. Des étoiles dans le bleu du regard. Tout cela perché sur de hautes échasses d’homme. L’élégance nécessaire au port des colts qu’il dégaine au ralenti sur la bande annonce.

Ce qu’a de familier avec les bêtes, Jacques Jack, est un cuir tanné comme celui d’espèces ne devant leur survie qu’à leurs noix.

Il y a de l’Arizona dans le bronzage grand teint dont est faite la couenne hâlée de son visage. Ce n’est pas un effet halogène qui le brunit.

Il doit avoir l’urine forte, ce Jacques Jack, magnifique et féroce. Son œil me perce pendant notre premier entretien. Jusqu’à ce qu’il arbore un sourire tombé sur lui comme d’une étoile..

*

Alors, jaillit une amitié tendre entre hommes de grands chemins. Jusqu’à ce qu’il remonte en selle. Jusqu’à ce que son chapeau claque à sa botte. Avant qu’il ne salue, du haut de son cheval Andalusia la belle. La blonde élancée. La faussement fragile n’apparaissant qu’à l’affiche de productions où la fin verra son amour gagner le combat des indéfrisables contre le vent et la poussière du désert..

*

Avant notre meeting j’attendais à l’accueil de UWellCom. Elle apparaît soudain. Je devine que c’est elle. Elle même intuite que son « cold caller » est bien le vieil indien qui a déposé les armes de ses ancêtres.

Reste un parapluie de berger qui ne trompe personne.. Nous en parlerons plus tard. Une étrange cravate invendue en dépasse.. On verra pourquoi tout à l’heure.

Elle est incroyablement svelte. Balançoire. Enfantine. Beaucoup de l’énergie de Bjorg. Des yeux fendus comme ceux de la chanteuse Hollando-Inuite. Le tout, dans un paquet sous cellophane au rayon des cadeaux de Noël Barbie US.

Quel âge a-t-elle ? Trente cinq, six, sep, ou huit ans ? Pantalon élégant. Fesses rondes. Mais presque invisibles tellement la coupe et le tissu sont là pour ne pas mouler. Le ventre est plat. « Touche pas », dit-il. Les seins sont rares. « Va boire ailleurs ! ». Elle ne donne pas à téter dans la séduction. La gourde suffira. Le savoir des sources suppléera.

Une arrogance de véritable héroïne, de coureuse de canyons qui sait se déguiser en princesse le clap d’après. Qui assume ses courages. Sans trahir son ambition : foncer, vivre, élever sa tribu dans cet élan. Aimer un beau mec chaleureux. Pousser roulotte pendant le franchissement des Rocheuses. Planter son camp en Californie. Etendre son empire. Chérir, puis mourir les yeux vifs. Avec près d’elle ses petites filles qui la supplient : « Un dernier secret, Mummy ? Avant de partir ? S’il te plaît.. » Celui de la vie...

*

Le couple me reçoit dans la grande salle de réunion où Jacques Jack allonge ses jambes sans fin sur le rebord de la table ovale que marquent ses éperons.. Nous parlons..

Pendant ce temps, Andalusia reste debout, elle. Comme si c’était à lui de se détendre après la journée de conduite épuisante de tant de pattes jusqu’au brasier de broussailles à la nuit.

Elle l’aurait allumé pour eux deux et goûter le soir. En même temps qu’un café qui emporte la gueule. Elle va le lui servir. Moi je suis dans le soupir de ce couple.

*

Quand Andalusia devine que Jack m’agrée, elle vient aussi s’assoire. Nous rapprochons les godets bouillants de nos lèvres. Bientôt ce sera la poêle qui sortira des flammes. Avec des haricots rouges dedans.

Nos cuillères en bois sur lesquelles nos doigts aideront à ce que la bouchée soit pleine. Pour finir, nous raclerons le fond noir du métal avec un éclat arraché de miche où la croûte et la mie nichent.

Mes amis et moi, nous nous séparons sur cette rêverie autour d’un feu..
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À la semaine prochaine ?
Jean Sébastien Loygue
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lundi 5 janvier 2009

Yahya El Mir..


Suite du précédent épisode de « Dieu sera Web ! »..
- Chez Atlantica - http://www.atlantica.fr/catalogue.php?id_club=&id_partner=&RefLien=&br_ident=&CodePromo=&tps=1226425030&nomSession=1226424988&sid=9e5e68b0838b124cb144eb1a964b0729&go=Go&Affichage=simple
Un personnage marque cette année 2001 : Yahya El Mir..

— Et si je vous le faisais dans le style banlieue difficile ?
— Oui ! Vas-y, joue le nous sur le grand air de la Caïra..
— On y va !

L’El Mir ami que j’ai

— Vous allez rire, j’ai un copain qui s’appelle Yahya El Mir.
— Pourquoi ce serait drôle ?
— Parce qu’il ressemble à Jamel !
— Ah! là, peut être. Mais t’es sûr qu’il fait rire, ton copain ? Parce que Jamel, avec son bras en moins, s’il n’est pas drôle, hein ? Je veux dire qu’il fait pas se marrer par principe....
— C’est pas drôle..
— Exactement !
— Yahya, lui, il est marrant !
— Continue, je te promets : on ne va pas se retenir.
— Arrêtez ! c’est sérieux !
— Il faudrait savoir ce que tu veux..

On n’en sortait pas. Alors je leur ai raconté Yahya, par le menu. D’abord par ce qu’il est : arabe, pour commencer. On s’en doutait. Moche de chez moche, n’était son sourire. Nain de chez nain pour finir.

Avec ce qu’ont de rentré les petits qui se voudraient du bien à eux mêmes. Mais assez peu pour vous si vous les toisez. Ce qui arrive. Suffit de se pencher.

Suffit qu’ils lèvent la tête au même moment. Qu’ils aient l’air de demander ce que vous leur voulez. Que vous ayez celui de leur consentir quelque chose.

— Mais non, je te jure que je ne te méprise pas !
— Alors pourquoi tu me regardes de haut ?
— Je te regarde d’où je suis.
— C’est bien ce que je disais..

En plus, quand vous « chopez » (draguer avec succès dans le sud ouest ) en une seule soirée, il leur faut à eux, les petits, des éternités d’intelligence pour vous faire cocu ! J’en ai rencontré qui m’ont avoué à la fin de leur vie de séducteurs :

— J’avais un frère, beau comme un Dieu et grand comme un goéland. Il me mettait quinze jours dans la vue. Après quoi je les lui piquais toutes. Tu penses si je sortais avec lui : il aiguisait les couteaux.. Ce ne sont pas toujours ceux qui les passent à la meule qui s’en servent le mieux..

D’autres parlaient en années. Les plus démunis en savoir faire rire s’exprimaient en diplômes. Avec Médecine ou l’ENA, disaient-ils, ça le faisait. J’ai fréquenté des dentistes et des banquiers gnomes. Ils avaient épousé des femmes longues comme des appels du pied sous la table de niaises lors d’un dîner à l’Élysée..

— Tu pars dans la déconne..
— ??!!
— Allez reviens à Yahya..

Je suis revenu à Yahya. J’ai dit moche. Ils m’ont répondu : « Tu l’as déjà souligné ! » J’ai déroulé : Yahya est né pauvre, comme Jamel. D’une femme forte et d’un père calme. Tous deux analphabètes en français.

Pas bêtes pour autant. Le côté analpha me choque, avant bête dans le mot. Comme si l’on était imbécile de ne savoir qu’obéir aux descendants de crétins qui ont appris à écrire ver solitaire..

— Et Yahya ?
— J’y arrive..
— T’es sûr ?

Mais si, j’y étais ! Dans la Cité de mon pote, même pas en région parisienne. Plus glauque. Dans le Nord ! Un coin perdu sans réputation. Un trou noir du bonheur avalé jusqu’à sa lumière !

Une barre. Vingt étages. Un appartement au milieu de trois cents ! Avec autant de rats, d’oiseaux de proie rois des poubelles. Avec les renards. Les chiens jetés par les fenêtres des autos. Les hamsters dans leurs roues sans manger. Les oiseaux abandonnés cages closes en été. Camping aidant. Ou DASS. Ou tôle.

Trois sœurs agressives parce qu’elles ont compris qu’en venant en France elles échapperaient aux idées que se font les musulmans de leur assagissement à coup de « Fais la vaisselle et t’habille pas comme ça.. Dieu te voit !!! ». Vous voyez la qualité des assonances ?

En plus, je me demande ce qu’elles devaient penser d’un Dieu qui regarderait sous leurs jupes ? Ajoutez un petit frère qui déconnera bientôt.. Il était plutôt mal barré, mon Yahya ami que j’ai, croyez pas ?

Faire vite. Réussir sa vie comme ses frangines. Sauver le petit frère.. Tout cela il l’intègre. Il a quoi ? Dix ans ? Douze ? En rêvant sur son balcon minuscule. De derrière la fenêtre (en hiver, parce que dès le beau temps le linge qui sèche cache la vue de quelques arbres et taudis)..

— Des arbres pour des pendus ?
— ??!!
— Allez, continue !

Il voit quoi, sous la pluie mon Yahya ami que j’ai ? La tour d’en face, bien sûr. Et en bas ? La petite rue qui sépare sa Cité d’un lotissement !

— Wahoo ! Lotissement ! T’as de ces mots !
— Oui ! Une maison, figure-toi. Un clôt, un portail, un chien, un cerisier et un garage où on pourra réinventer l’avion..
— Il se dit quoi, voyant ça, le Yahya ami que t’as ?
— Quand je serai grand (sic) je l’offrirai à papa !
— Le cadeau !!
— Que croyez vous qu’il arrivât ?
— Il serait temps que tu nous le dises, il y a le bus qui arrive..
— Et bien voilà :

Yahya a fait des études par correspondance avec des « Vos gueules » à ses sœurs si elles parlaient fort. Et les « Arrête de faire le con » à son frère qui ne savait pas s’il devait filer chez son dealer ou les frères musulmans pour devenir un homme. Coke ou bombe, pas fixé.

— Tu te grouilles ?
— Yahya, il vient de créer « Clicmobile.fr ». Vous tapez 0899 65 55 65 sur votre portable, vous importez une ambiance et vous appelez qq en lui faisant croire que vous êtes dans un car de police, un aéroport.. etc. Il a créé son affaire gag !
— Tu nous rassures, on espérait rire !
— Tiens par exemple, tu peux avoir un troupeau de chèvres..
— Un troupeau de chèvres ?
— Oui, Bon, imagine, tu es ma fiancée ,
— Sans blague !?
— Pour de rire.. Je t’appelle et tu entends les chèvres « Bèèè, Bèèè »
— ??!!
— Hé ! Tu dis quoi quand tu entends ça dans ton téléphone ?
— Ben..
— En plus, je suis en retard..
— Ben, je sais pas, moi, je te demande : « Qu’est-ce que tu fais avec ces chèvres ?? »
— Exactement ! Et tu sais ce que je te réponds ?
— ???
— Je te réponds : « Comment, qu’est-ce que je fais ? »
— Ben oui, qu’est-ce que tu fais ?
— Je traie ! Avec des chèvres tu fais quoi, toi ?
— Bèèè .. Bèèè..

Pendant que le bus ouvrait ses portes, mes potes m’ont redemandé le numéro de téléphone de clicmobile avec lequel on peut faire croire qu’on braque une banque. Je le leur ai indiqué l’url du site de mon Yahya ami que j’ai : http://www.clicmobile.fr/fr/about/about.php
et je suis revenu à l’essentiel.

— Quel essentiel ?
— Votre ticket siouplaît, demandait le conducteur..
— L’histoire de la rêverie de Yahya sur son balcon.. Vous vous rappelez ? Quand il regardait la maison d’en bas. De l’autre côté de la rue. Avec son jardinet. Son garage. Le cerisier et le chien ?
— Oui, et alors ?
— Alors, j’attends toujours vos tickets ! s’est impatienté le conducteur..
— Il l’a achetée !
— Et son père est dedans ?
— Et sa mère. Et les enfants de ses sœurs quand elles reviennent..
— Alouette ?
— Somme toute !
— Alors, aucun chien ne serait plus jeté par la fenêtre ?
— Aucun !
— Aucun hamster ne tournerait sa roue sans câlin ?
— Aucun !
— Aucun serin ne serait abandonné dans sa cage close en été ?
— Pas un !
— Et les rats diraient : « Vous permettez qu’on regarde dans votre tri sélectif s’il ne reste rien pour les rats Grébins de la tour d’en face ?»

On a donné nos tickets. Le chauffeur avait eu peur. Faut voir nos gueules ! Son chauffage ne marchait pas. Il faisait très froid dans son bus. Et très nuit. On était seul avec lui. Il criait :

— Chaud, devant ! Chaud !

Je me demande s’il n’avait pas un thermos plein de je sais pas quoi.. ?

Fond de fût et Pied de Vigne voyaient très exactement de quoi il s’agissait

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Jean Sébastien Loygue
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