
Suite du précédent épisode de « Dieu sera Web ! »..
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— Un drôle de job m’a sauvé la gamelle avant Internet. Vous voulez que je vous raconte ?
— Oh ! Oui !
Aktis Cinéma est une micro entreprise sise au sein d’une délicieuse petite maison en recoin dans un jardin des Minimes à Toulouse.
On y entre par une rue pavée courte et tranquille. Quelques riverains. Leurs demeures sont si discrètes qu’un jouet oublié est ce qui les distingue le mieux les unes des autres. Pas d’exhibition : de la rouille plus que de la peinture. Ou bien les écailles d’un ancien vernis anti-pluie sur les portails et les volets. De bas murets ou des haies laissent passer les regards, les chats et les chiens. Chaque habitant prend garde à ne pas faire le fier. Les hirondelles s’en défieraient. Elles sont nombreuses à nicher sous les auvents. Pourvu qu’elles reviennent ! semble dire l’abandon des maisons.
Moins celles-ci se feront remarquer, plus elles seront heureuses de changer de millénaire sans qu’on ait à leur reprocher d’avoir fait les folles parce qu’il arriverait. On attend le nouveau avec un peu d’appréhension. Va-t-il nous débusquer ? Elles ont l’air de se demander cela, les maisons des Minimes où je vais..
Leur discrétion est renforcée par la construction d’un immeuble de quatre étages. Neuf et tapageur. Ocre et blanc. En bout de perspective. Face à ma petite rue sans histoire. Il s’enhardit dans celle qui lui est perpendiculaire et s’en va on ne sait où.
Ou plutôt, si ! On le sait trop bien ; elle mène trois kilomètres plus loin à « la route de Paris ». Qui fait du nord et du bruit. On aurait absolument la paix sans cette idée là.
Depuis le début du chantier, on dirait que les constructions plus anciennes se le sont tenues pour dit. Plus un geste ! On saura se reconnaître comme pendant le maquis. A d’imperceptibles remuements de feuilles dans les arbres. A une certaine manière, sans paraître y toucher, avec laquelle on laisse pousser l’herbe entre nuages et pavés.
La ronde des belles autos venues visiter l’appartement témoin du nouvel immeuble, on fera semblant de ne pas la remarquer. Non, rien ne trahira ce si particulier anonymat du millénaire qui s’en va.
Au premier tiers de la rue : une palissade. Quelques hangars ouvriers imaginés derrière.. Elle cache l’atelier de cinéma où je me rends. Du 24 images par secondes, s’il vous plait. Et pour la vidéo, une vraie Bétacam ! Ces caméras professionnelles coûtent à l’époque le prix du deux pièces à visiter cent mètres plus loin.
Le créateur d’Aktis cherche une fée pour relancer son affaire. Il vient de tourner en extrême orient un très beau film pour Airbus. La bande son fait frissonner : timbres argentiques et graves de trompes tibétaines. Chants de bonzes gutturaux. Résonances nasales métalliques fascinantes. Plans forts, montage parfait : pertinence du suspens et du sens.
Assister au montage d’un film trouble. Pied de Vigne, que j’ai invité le confirmera. Quant à Fond de fût, il est resté les bras bas. Sa main droite ne cherchait plus la poignée de sa corde reliée à son soufflet géant. L’émotion lui coupait les gaz.
Plusieurs raisons à cela. Il y a d’abord le rythme qu’apporte une rupture permanente dans le tempo. Il faut à la fois traiter le sujet et surprendre, jouer du temps, lui laisser le loisir presque de bailler et le suspendre. Mais ce qui bouleverse, moins que l’image à elle seule, est l’incruste des bandes son l’une après l’autre.
Une piste musicale importée dans l’histoire. Une autre de bruits enregistrés sur place (la forge de Fond de fût pourrait faire l’affaire, elle qui chante la colère de n’importe qui de soupirant..) Une troisième pour voix off. Une dernière enfin pour un murmure au fond de l’image.. On peut alimenter jusqu’à douze pistes sonores différentes..
Au vrai, un film muet, sa chair n’est pas là. Le silence est un isolant. Quelque puissants soient les plans, les personnages, les vues elles-mêmes, tout cela reste sous verre.
Les flammes n’ont pas de chaleur sans crépitement. Le froid ne transperce pas sans les sifflements du vent. Sans sons, le récit demeure en vrac, à plat.
C’est dans ce désert de sens que la première onde survient. Elle commence à donner de l’épaisseur à ce que l’on voit. De la vie. La seconde approfondit cette sensation. La peau des personnages brusquement dégage un parfum. Les pierres ont du grain sous nos mains. Le soleil les réchauffe. Le granit vit.
L’ingénieur du son est le naisseur des cinq autres sens. Pas seulement du sien. Il souffle sur la glaise et l’homme naît. C’est lui qui enrichit de sentiments les portraits. Même le silence alors se peuple d’imperceptibles signes qui le creusent. La troisième dimension à l’écran est la chanson des sons !
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À la semaine prochaine ?
Jean Sébastien Loygue
http://www.loygue.com/
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http://jsloygue.blogspot.com/ - Web vision
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— Un drôle de job m’a sauvé la gamelle avant Internet. Vous voulez que je vous raconte ?
— Oh ! Oui !
Aktis Cinéma est une micro entreprise sise au sein d’une délicieuse petite maison en recoin dans un jardin des Minimes à Toulouse.
On y entre par une rue pavée courte et tranquille. Quelques riverains. Leurs demeures sont si discrètes qu’un jouet oublié est ce qui les distingue le mieux les unes des autres. Pas d’exhibition : de la rouille plus que de la peinture. Ou bien les écailles d’un ancien vernis anti-pluie sur les portails et les volets. De bas murets ou des haies laissent passer les regards, les chats et les chiens. Chaque habitant prend garde à ne pas faire le fier. Les hirondelles s’en défieraient. Elles sont nombreuses à nicher sous les auvents. Pourvu qu’elles reviennent ! semble dire l’abandon des maisons.
Moins celles-ci se feront remarquer, plus elles seront heureuses de changer de millénaire sans qu’on ait à leur reprocher d’avoir fait les folles parce qu’il arriverait. On attend le nouveau avec un peu d’appréhension. Va-t-il nous débusquer ? Elles ont l’air de se demander cela, les maisons des Minimes où je vais..
Leur discrétion est renforcée par la construction d’un immeuble de quatre étages. Neuf et tapageur. Ocre et blanc. En bout de perspective. Face à ma petite rue sans histoire. Il s’enhardit dans celle qui lui est perpendiculaire et s’en va on ne sait où.
Ou plutôt, si ! On le sait trop bien ; elle mène trois kilomètres plus loin à « la route de Paris ». Qui fait du nord et du bruit. On aurait absolument la paix sans cette idée là.
Depuis le début du chantier, on dirait que les constructions plus anciennes se le sont tenues pour dit. Plus un geste ! On saura se reconnaître comme pendant le maquis. A d’imperceptibles remuements de feuilles dans les arbres. A une certaine manière, sans paraître y toucher, avec laquelle on laisse pousser l’herbe entre nuages et pavés.
La ronde des belles autos venues visiter l’appartement témoin du nouvel immeuble, on fera semblant de ne pas la remarquer. Non, rien ne trahira ce si particulier anonymat du millénaire qui s’en va.
Au premier tiers de la rue : une palissade. Quelques hangars ouvriers imaginés derrière.. Elle cache l’atelier de cinéma où je me rends. Du 24 images par secondes, s’il vous plait. Et pour la vidéo, une vraie Bétacam ! Ces caméras professionnelles coûtent à l’époque le prix du deux pièces à visiter cent mètres plus loin.
Le créateur d’Aktis cherche une fée pour relancer son affaire. Il vient de tourner en extrême orient un très beau film pour Airbus. La bande son fait frissonner : timbres argentiques et graves de trompes tibétaines. Chants de bonzes gutturaux. Résonances nasales métalliques fascinantes. Plans forts, montage parfait : pertinence du suspens et du sens.
Assister au montage d’un film trouble. Pied de Vigne, que j’ai invité le confirmera. Quant à Fond de fût, il est resté les bras bas. Sa main droite ne cherchait plus la poignée de sa corde reliée à son soufflet géant. L’émotion lui coupait les gaz.
Plusieurs raisons à cela. Il y a d’abord le rythme qu’apporte une rupture permanente dans le tempo. Il faut à la fois traiter le sujet et surprendre, jouer du temps, lui laisser le loisir presque de bailler et le suspendre. Mais ce qui bouleverse, moins que l’image à elle seule, est l’incruste des bandes son l’une après l’autre.
Une piste musicale importée dans l’histoire. Une autre de bruits enregistrés sur place (la forge de Fond de fût pourrait faire l’affaire, elle qui chante la colère de n’importe qui de soupirant..) Une troisième pour voix off. Une dernière enfin pour un murmure au fond de l’image.. On peut alimenter jusqu’à douze pistes sonores différentes..
Au vrai, un film muet, sa chair n’est pas là. Le silence est un isolant. Quelque puissants soient les plans, les personnages, les vues elles-mêmes, tout cela reste sous verre.
Les flammes n’ont pas de chaleur sans crépitement. Le froid ne transperce pas sans les sifflements du vent. Sans sons, le récit demeure en vrac, à plat.
C’est dans ce désert de sens que la première onde survient. Elle commence à donner de l’épaisseur à ce que l’on voit. De la vie. La seconde approfondit cette sensation. La peau des personnages brusquement dégage un parfum. Les pierres ont du grain sous nos mains. Le soleil les réchauffe. Le granit vit.
L’ingénieur du son est le naisseur des cinq autres sens. Pas seulement du sien. Il souffle sur la glaise et l’homme naît. C’est lui qui enrichit de sentiments les portraits. Même le silence alors se peuple d’imperceptibles signes qui le creusent. La troisième dimension à l’écran est la chanson des sons !
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À la semaine prochaine ?
Jean Sébastien Loygue
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