
Suite du précédent épisode de « Dieu sera Web ! »..
- Chez Atlantica - http://www.atlantica.fr/catalogue.php?id_club=&id_partner=&RefLien=&br_ident=&CodePromo=&tps=1226425030&nomSession=1226424988&sid=9e5e68b0838b124cb144eb1a964b0729&go=Go&Affichage=simple
3 - J’entends des voix !
Le « cold caller » appelle des prospects ne le connaissant pas.. Il chasse l’information stratégique et le rendez vous fruiteux.
Ne se faisant jamais voir lui-même, il peut travailler depuis chez lui. Tel est mon cas. Ma ligne de téléphone relie donc notre ferme Gasconne à des directions de la communication ou marketing de « grands comptes » en région parisienne. Après avoir descendu la colline grâce à trente poteaux de bois au haut desquels cette ligne téléphonique s’alvéole, se couvre de givre et étincelle lorsqu’il a neigé et que le ciel est bleu.
Je dispose d’un avantage extraordinaire : la paix de l’esprit. A quoi porte un environnement proche de l’idée que beaucoup de franciliens se font du Paradis.
Mes amis Pied de Vigne et Fond de fût voient très bien la chose. Ils sont tous deux allés pour le concours Lépine à la Foire de Paris. Ils en sont revenus ahuris comme deux hirondelles à qui on aurait piqué leur sens de l’orientation..
En attendant, ils voudraient des précisions :
— Tu peux nous en dire plus sur ton nouveau boulot ? Parce que depuis qu’on ne te voit plus guère à l’atelier..
— J’entends des voix !!
— Tu entends des voix ? - Le pouce de Pied de Vigne cherche sa mèche.. La lourde main de Fond de fût descend de son habituelle position haute et son soufflet pousse un flou prout perplexe..
Oui, des voix, mes amis.. Le métier de la parole est d’abord une question d’oreille !
— Alors, ces voix ? »
Il y en a qui appellent : « Je suis perdu.. ». Ce sont des voix de vieux chiens. Avec des sanglots longs comme leurs oreilles traînant à terre.
Il y a aussi des voix murs. Des voix dures. Des au dessus des lois. Des « Qui me parle d’en bas ? ». Des voix d’à la suite de l’envoi je touche. Des voix qui vous mouchent. Et paf ! Elles ont raccroché.
Il y a des voix de bouche comme il y a des bains. Des parfums. Des buées. Des voix de devins. Des voix de bonneteau : « Elle est passée où la Dame de cœur ? ». Des voix de bon aloi, force à laquelle doit rester la Loi. Des voix d’« Et moi ? Et moi ?». De désarroi. Des voix de vous à moi. Des voix de « Halte là ! ». De « Qui va là ? ». Des voix de mitraille au mot de passe oublié : « C’est de la part de qui ? Elle vous connaît ? »
Il y a la voix de Jacques Fouroux qui percute le sens. Le fait rebondir. Le renverse. L'invente. Nous fait lever le poing. Insulter la petitesse des mots s’ils ne tremblent pas d'amour..
Cela fait drôle et peine, n’est-ce pas, mes amis ? Et sel de la terre que perd l’outre de l’âne à traverser le gué de la fable, que des voix comme celles là ne soient plus là pour lancer, depuis leurs résonateurs naturels d’acier, le sens des choses, tant l’argentique est rare à aimanter nos existences !
Qui n’aurait attelé sa mule. Avec barda. Epées. Trophées à venir ? En entendant Jacques prêcher sa croisade à lui, mes amis ? Celle du rugby de l'amitié et de la rage ? Nous sommes morts de ne pas être impatients comme lui et c’est lui qui gît !
— Sanglot long du soufflet de la forge..
Il y a, bien sûr, des voix délayant la chose dans du : « Je vais voir ce que je peux faire pour vous.. ». D’autres qui brandissent des rebuffades. Ou des voix enjouées d’anges. Ou des voix prêtes à se briser. Des aux anfractuosités mystérieuses. Des à la superbe blessante. Des « Laissez moi vous dire une chose.. ». Des « Tout est fini entre nous avant de commencer.. ». Des voix « Je n’ai rien compris. Recommencez. ». Des voix « Je suis en réunion, rappelez.. ». Des « Enfin, c’est vous ! ». Des qui « Ouiiiii… ». Comme le fruit.
Des « Que nenni ! ». Des de hennins hautains. Des de mitaines qui ont froid au bout de la langue, des d’engelure. Des repues. Des de gestes vains de souverains épuisés.
— Et, si tu nous décomposais tout ça ? Demande Pied de Vigne.. Alors que Fond de fût se grattait la fesse.
Pendant ma tirade, il avait attendu de savoir quand il aurait à tirer sur la corde de sa forge pour ponctuer un passage particulièrement remarquable.. N’en percevant pas il hésitait, sentant la crampe venir.. Sa main avait tressauté au passage : « voix de bouche comme il y a des bains, des parfums, des buées ». Mais la suite s’était emballée. Il n’avait pas eu le temps de laisser s’exprimer son soufflet.
Fond de fût abhorre interrompre.. Il avait donc maintenu son bras levé. Mais levé dans le genre crispé. Pour ne pas rater l’occasion de ponctuer..
Au passage « Tout est fini entre nous avant de commencer.. », il allait à l’anneau. Mais j’étais reparti.. Au bout du compte, entre spasme et détente, il sentait venir la crampe..
En fin de tirade, je lui fais un signe. Il affale enfin sa poigne. Ce qui donne un grand et long « Pffouuuuut ! » de dégonfle. Pendant que le soufflet qui n’en peut plus relâche son air sur des braises à la limite de l’endormissement. Et moi, je reprends..
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À la semaine prochaine ?
Jean Sébastien Loygue
http://www.loygue.com/
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Autres blogs :
http://jsloygue.blogspot.com/ - Web vision
http://jsloygue.blogsudouest.com/ - Brèves du Sud
http://jeansebastienloygue.blogs.courrierinternational.com/ - Croquis
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Wikipedia
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_S%C3%A9bastien_Loygue
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3 - J’entends des voix !
Le « cold caller » appelle des prospects ne le connaissant pas.. Il chasse l’information stratégique et le rendez vous fruiteux.
Ne se faisant jamais voir lui-même, il peut travailler depuis chez lui. Tel est mon cas. Ma ligne de téléphone relie donc notre ferme Gasconne à des directions de la communication ou marketing de « grands comptes » en région parisienne. Après avoir descendu la colline grâce à trente poteaux de bois au haut desquels cette ligne téléphonique s’alvéole, se couvre de givre et étincelle lorsqu’il a neigé et que le ciel est bleu.
Je dispose d’un avantage extraordinaire : la paix de l’esprit. A quoi porte un environnement proche de l’idée que beaucoup de franciliens se font du Paradis.
Mes amis Pied de Vigne et Fond de fût voient très bien la chose. Ils sont tous deux allés pour le concours Lépine à la Foire de Paris. Ils en sont revenus ahuris comme deux hirondelles à qui on aurait piqué leur sens de l’orientation..
En attendant, ils voudraient des précisions :
— Tu peux nous en dire plus sur ton nouveau boulot ? Parce que depuis qu’on ne te voit plus guère à l’atelier..
— J’entends des voix !!
— Tu entends des voix ? - Le pouce de Pied de Vigne cherche sa mèche.. La lourde main de Fond de fût descend de son habituelle position haute et son soufflet pousse un flou prout perplexe..
Oui, des voix, mes amis.. Le métier de la parole est d’abord une question d’oreille !
— Alors, ces voix ? »
Il y en a qui appellent : « Je suis perdu.. ». Ce sont des voix de vieux chiens. Avec des sanglots longs comme leurs oreilles traînant à terre.
Il y a aussi des voix murs. Des voix dures. Des au dessus des lois. Des « Qui me parle d’en bas ? ». Des voix d’à la suite de l’envoi je touche. Des voix qui vous mouchent. Et paf ! Elles ont raccroché.
Il y a des voix de bouche comme il y a des bains. Des parfums. Des buées. Des voix de devins. Des voix de bonneteau : « Elle est passée où la Dame de cœur ? ». Des voix de bon aloi, force à laquelle doit rester la Loi. Des voix d’« Et moi ? Et moi ?». De désarroi. Des voix de vous à moi. Des voix de « Halte là ! ». De « Qui va là ? ». Des voix de mitraille au mot de passe oublié : « C’est de la part de qui ? Elle vous connaît ? »
Il y a la voix de Jacques Fouroux qui percute le sens. Le fait rebondir. Le renverse. L'invente. Nous fait lever le poing. Insulter la petitesse des mots s’ils ne tremblent pas d'amour..
Cela fait drôle et peine, n’est-ce pas, mes amis ? Et sel de la terre que perd l’outre de l’âne à traverser le gué de la fable, que des voix comme celles là ne soient plus là pour lancer, depuis leurs résonateurs naturels d’acier, le sens des choses, tant l’argentique est rare à aimanter nos existences !
Qui n’aurait attelé sa mule. Avec barda. Epées. Trophées à venir ? En entendant Jacques prêcher sa croisade à lui, mes amis ? Celle du rugby de l'amitié et de la rage ? Nous sommes morts de ne pas être impatients comme lui et c’est lui qui gît !
— Sanglot long du soufflet de la forge..
Il y a, bien sûr, des voix délayant la chose dans du : « Je vais voir ce que je peux faire pour vous.. ». D’autres qui brandissent des rebuffades. Ou des voix enjouées d’anges. Ou des voix prêtes à se briser. Des aux anfractuosités mystérieuses. Des à la superbe blessante. Des « Laissez moi vous dire une chose.. ». Des « Tout est fini entre nous avant de commencer.. ». Des voix « Je n’ai rien compris. Recommencez. ». Des voix « Je suis en réunion, rappelez.. ». Des « Enfin, c’est vous ! ». Des qui « Ouiiiii… ». Comme le fruit.
Des « Que nenni ! ». Des de hennins hautains. Des de mitaines qui ont froid au bout de la langue, des d’engelure. Des repues. Des de gestes vains de souverains épuisés.
— Et, si tu nous décomposais tout ça ? Demande Pied de Vigne.. Alors que Fond de fût se grattait la fesse.
Pendant ma tirade, il avait attendu de savoir quand il aurait à tirer sur la corde de sa forge pour ponctuer un passage particulièrement remarquable.. N’en percevant pas il hésitait, sentant la crampe venir.. Sa main avait tressauté au passage : « voix de bouche comme il y a des bains, des parfums, des buées ». Mais la suite s’était emballée. Il n’avait pas eu le temps de laisser s’exprimer son soufflet.
Fond de fût abhorre interrompre.. Il avait donc maintenu son bras levé. Mais levé dans le genre crispé. Pour ne pas rater l’occasion de ponctuer..
Au passage « Tout est fini entre nous avant de commencer.. », il allait à l’anneau. Mais j’étais reparti.. Au bout du compte, entre spasme et détente, il sentait venir la crampe..
En fin de tirade, je lui fais un signe. Il affale enfin sa poigne. Ce qui donne un grand et long « Pffouuuuut ! » de dégonfle. Pendant que le soufflet qui n’en peut plus relâche son air sur des braises à la limite de l’endormissement. Et moi, je reprends..
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Jean Sébastien Loygue
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