mardi 30 décembre 2008

4 - Agency One...


Suite du précédent épisode de « Dieu sera Web ! »..
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4 - Agency One

Agency One sera l’un de mes correspondants.

— Agency quoi ? Me demande Fond de fût.
— Groupe mondial, 75 agences, expansion fulgurante jusqu’en 2001. Puis flop du blanc d’œuf qui montait en meringue, « bulle Internet », drapeaux que l’on amène. L’un après l’autre, pays par pays. Sonnerie aux morts..

Si peu d’années auparavant, j’étais persuadé de l’idée qui avait inspiré la précipitation de Agency One à s’emparer du monde : deux ans de conquête seraient suivis par cent ans de rente ! Le premier occupant ferait florès pour ses arrières petits enfants. Ainsi des conquistadores lorsqu’ils bornèrent leurs empires… Une concession signée sur peau de bison, des piquets, un tromblon.

En 2001, nous sommes quatre vingt lorsque j’arrive chez Agency One France. Nous fermons les portes un an plus tard à treize compagnons.. Le scénario se reproduira deux fois en deux ans.. Deux ans pendant lesquels j’ai vu descendre les étages un nombre impressionnant de micro-ordinateurs. A destination du cul d’un camion. Lorsque je « montais » à Paris rendre compte de mes prospections de « Cold Caller ».

— Vous étiez fous ! Commente Fond de fût.
— Heureusement..
— Heureusement ?
— Oui, car les emplois qui seraient détruits étaient ceux d’hommes en route, Fond de fût.. Ils ont poursuivi leur marche. Ils ont cherché du travail dans des entreprises « classiques » à l’affût d’audace.. Leurs dirigeants se disaient : « Avec ces d’jeunes qui viennent de prendre la déculottée, on aura le beurre et l’argent du beurre..
— Le beurre et l’argent du beurre ?
— Oui, des imaginatifs qui se seraient au moins une fois cassé la gueule ! On les aurait frais pour un nouveau combat. Ils auraient conservé leur vigueur. Et, en plus, ils possèderaient déjà l’expérience de l’échec. Irremplaçables collaborateurs, n’est-ce pas ?
— Et alors, il s’est passé quoi ?
— Ils ont fertilisé les entreprises « ordinaires »!
— Quoi ?
— Ils leur ont rejoué la naissance du monde.
— Tu veux dire quoi ?
— Vous savez, lorsque les premiers atomes d’Hydrogène et d’Hélium se combinent à la faveur de réactions thermonucléaires.. Après quoi l’univers s’étend encore. Puis se re concentre. Et à chaque convulsion invente de nouveaux atomes qui ensemencent l’espace en train de naître..
— Wahoo ! S’enthousiasmait Pied de Vigne.
— Coup de soufflet de Fond de fût.

*

Un personnage marque cette année 2001 : Yahya El Mir..

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Jean Sébastien Loygue
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mardi 23 décembre 2008

J'entends des voix - suite2


Suite du précédent épisode de « Dieu sera Web ! »..
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Depuis pas mal d’années je me demande pourquoi l’homme apparu dans un monde sans ennemis de son espèce a choisi de s’enfoncer dans des fonds de vallées de montagne. Pour y planter. A quarante cinq degré de pente. Les mêmes graines qu’en plaines.

Connaissez vous, mes amis, le nombre d’homo sapiens sapiens en Europe, il y a trente mille ans ?

— Tu vas nous le dire..
— Quatre mille quatre cent !
— Non !

Mes amis levaient un sourcil. Je voyais leurs yeux qui allaient en bas à gauche. Ils vidaient le passé de ses habitants ; voyaient des espaces sans hommes. Des toundras ? Si tu veux ! Des forêts ? Pourquoi pas ? D’un sommet, aucune fumée ne trahira ton frère. Tu n’en as pas ! Tu retournes à ta yourte, grotte, cahute. Les bras en bas. Tu es bien seul, n’est-ce pas ? Tu te serres contre les tiens..
Au fait combien ? Quelques uns ? Trois ? Ou
quatre ? Ou huit ? La dizaine n’a pas été inventée.. Après, pourquoi veux-tu partir ? Tu as l’idée de « l’autre » ? Tu en ressens le besoin ? Tu es pris par la frénésie du frai ? Comme les poissons ?
Mais il ne suffit pas que tu sèmes. Il faut que tu copules. C’est pour ça que tu fais tes bagages ? Avec ta semence dans les couilles ?

Avec ta pieuse ? Qui, comme toi, pue sa rage d’être nombreuse ? A deux, on sera beaucoup, n’est-ce pas ? Et si on n’arrivait pas au bout, au moins que l’enfant prolonge la harde. C’est ça ? Pourvu que ce soit un homme ! J’y suis ? Et qu’il darde ! Ou que gravide elle gémisse…

Mais enfin, tu vas où ? Puisque l’espèce n’existe pas !

— Hé bé..
— Dix mille ans avant JC, le chiffre n’a que peu changé, mes amis : dix mille homme, en vingt mille ans.. !!
— Hé bé..

Mais bon Dieu, pourquoi avoir choisi le transi ? Où il fallait tuer à la lance l’ours blanc pour se vêtir et manger. Ours qui vous fend d’une griffe, après quoi il dévore vos deux moitiés fumantes..

— Bienvenue Alexandra Atamaniouk en pays tempéré ! Concluait Pied de Vigne.

Les prénoms des jeunes femmes d’Afrique du nord sont souvent empesés d’un double sens terrible. Elles sont des enfants, mais voilà que le fardeau de la sagesse les accable au virage de leur innocence. Celui de la gloire à Dieu au plus haut des cieux. Là d’où tombe aussi le feu de pères austères. De frères suspicieux de leur vertu comme le sont les parents adultères. De maris rois de leur culs.

— Ce qui ne mène pas loin ! Commentaient mes amis. Inventeurs, on le sait, de ritournelles à tire d’ailes.

Elles sont à la fois honorées, de s’appeler sagesse de l’Islam. Comme nos moniales s’enivraient de s’entendre dire « Préférées du Seigneur ». Elles sont aussi un peu épouvantées. Elles avaient choisi la liberté. Et voilà qu’au détour d’un baiser. Quelqu’un leur demande : « Il veut dire quoi, le joli prénom que tu as ? »

Elles ne peuvent que répondre : Sagesse de l’Islam.. Mon Dieu, qu’elle est lourde à porter, cette Sagesse de l’Islam - un mot qui veut dire soumission !! Pour une petite fille qui n’en demandait pas tant..

Retour aux sources de la puissance. Celle d’un inconnu que l’on fuyait. Mais il vous rattrape. Il vous élève au rang de défenseur de sa foi folle.

— Tu seras reine, ma fille. Et la dernière de mes vestales !

*

Même le merveilleux prénom de Shéhérazade s’associe à un conte des mille et une nuits où seule l’offrande du rêve à un tyran vous assure la vie..

Ne pas fauter. Ne pas mourir. Raconter. Promettre. Ah ! La gloire ambiguë de s’appeler Shéhérazade ! D’ensoleiller chaque petite étoile dans un œil qui frétille de vous consommer. Et en même temps de vous maudire si vous succombez.

Ah ! Porter le nom de Shéhérazade ! Comme un diadème de votive reniée ! D’agenouillée. D’enchanteresse en camisole. De ravinée de femme..

Ah ! S’appeler Shéhérazade ! Et fuir les talents que l’on vous prête. A condition de les jeter aux pieds de l’homme tout puissant qui vous susurre la voussure. Alors que dans la rue où il ambule, il tient par son petit doigt son ami mâle.. Mais vous trancherait la gorge si vous le traitiez de « Pédé ».

Ah ! S’appeler Shéhérazade ! Dans la cité d’où l’on vous a charriée. Jusqu’au charter du mariage de là bas dis ! Et vous y êtes allée, Shéhérazade. Et vous vous êtes enfuie. Et vous êtes revenue haïe par votre communauté qui avait conté partout la légende de la fille « qui reviendrait bien mariée à quelqu’un de là bas dis ! »

Ah ! S’appeler Shéhérazade ! Dans la famille des maudits de la tour. Où les garçons vous traitent de pute si seule. Si seule ! A condition que seule et tellement seule.. Sauf si, Shéhérazade, sauf si la cave. Parce qu’un matin vous aviez porté la jupe !

Au bout de quoi vous n’avez pas épousé le mari de là bas dis ! Sans doute il a voulu voir ça. Votre virginité, Shéhérazade. Alors, nous aussi dans le HLM on va voir ! Allonge toi, Shéhérazade ! Déshabille toi, Shéhérazade. Ou je te déchire.

Ah ! S’appeler Shéhérazade et travailler dans les nouvelles technologies, enfin ! Partir au bras du soir à celui d’un homme sans souci de Dieu. Sans cave à renier. Un homme impie au pieu. Sceptique ailleurs. Et délicieux.

Ah ! S’appeler Shéhérazade et s’entendre demander :

— Tu me lis les Contes des mille et une nuits ?
— Tu ne m’égorgeras pas si je m’endors ?
— Quelle drôle d’idée ma chérie..

Ah ! S’appeler Shéhérazade et être chérie !

Shéhérazade a fait du nord, elle, pour échapper au moucharabieh des caravansérails. Aux muezzins zinzins. La petite Atamaniouk a fait du sud pour retrouver un climat sans blizzards. Elles se sont retrouvées au médian des tyrannies du climat et de la foi : en France..


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mercredi 17 décembre 2008

J'entends des voix - suite




Il y a les voix de la fraîcheur, mes amis. Des BTS en alternance qui découvrent le double rythme (élevé) des métiers de la Com. On y dort peu. Et des exigences (soutenues) de l’examen. En plus des élans d’un âge où l’on aimerait faire la fête plutôt que dire : « Non, Gaétan, pas ce soir, je révise ».

Transports en commun, vieux vélo. Elles les montent à l’étage. Elles feraient comment si on les leur volait ? Vous voyez ? Mes amis voyaient très bien. Sucres lents. Fêtes aux pâtes. Coutures perso. Un ciné par mois.

On devine des regards concentrés, durs. On perçoit combien elles sont conscientes. On voit des lignes de chance qu’elles auraient pu elles mêmes buriner. On sent leur propreté scrupuleuse. On comprend leur conscience crue de ce que chaque jour leur apporte. En terme d’avoir tout à apprendre.

Je les entends, ces voix de la fraîche. Comme celles d’apprentis levés tôt. L’énergie est là. La faculté incroyable de renouveler ses forces malgré des horaires impossibles. On respire quand on a le temps. On sommeille les cheveux en bataille. Mais l’éclatement de la joie rappelle celle des champs. Vous vous rappelez nos journées de quinze heures ? Après quoi on se défatiguait en allant au bal ? Mes amis s’en souvenaient très bien.

Curieuse médecine de l’épuisement chez les jeunes, n’est-ce pas ? Vaccination d’une peine par une autre. Et hop ! Au petit matin nous repartions chez notre maître charpentier ou boulanger pain d’épice..

Elles ont des traces, et de cette fatigue presque enfantine, et de cette force là, mes petites interlocutrices dures au mal. Quand par extraordinaire, en l’absence d’une titulaire, elles décrochent..

Il n’y a pas beaucoup de moelleux dans leur ouverture à la confidence par téléphone. Elles n’ont pas le temps. N’osent renvoyer la balle. Poser des questions. Tout est trop inquiétant autour d’elles.

Mais il y a aussi les voix de fins d’études supérieures. De stagiaires proches d’intégrer, elles. Par différence avec les précédentes, elles sont bien nées, ces demoiselles. Un jour elle règneront. Elles croient ce qu’on leur a dit : que leur Ecole est la meilleure. Qu’elles en sortiront avec des salaires enthousiasmants. Déjà elles sont « à poste ».

Il y a surtout, mes amis, des voix qui respirent bien, des élastiques. Je perçois des seins qui tremblent sans soutient pendant les pas que fait la jolie qui me répond. Son mobile à la main.

— Fond de fût ne se retient pas..

J’entends parfois la fraternité de la douche. Je la vois nue. Je ressens le crédit qu’elle porte à ses copines pour le match de hand ball demain. La notion de projet immédiatement là.

Puis voici les voix d’oblates, hélas, mes pauvres amis. Les voix de blattes. De femmes aux yeux baissés tôt dans leur vie. Aux pieds tournés vers l’intérieur. Et qui marchent dedans. A qui cela ne porte pas bonheur. On imagine leurs petits corps vidés par l’interdit de croire en soi. Voix de pousse balais. De craintes tannées. De reproches à venir. De ne rien espérer, ça fait trop mal..

Ah ! Ah ! Mais voici des voix d’avaleuses à l’oralité sèche aussi. Des voix à la séduction glacée. « A servir frappé ». Des voix au regard de Kah, le serpent du Livre de la jungle. Des voix qui ne supportent pas de ne pas séduire. Des voix miroirs qui renvoient des éclats de rêves amoureux sibériens.

J’allais les oublier les trop drôles du « ça ne se fait pas ». Celles d’implacables revêches. Qui puisent leur venin à la paille dans les crachoirs.

— Tu sais à qui je pense ? Demandait Fond de fût..
— Dis toujours..
— A Madame Piquependre..

Ah ! Madame Piquependre.. Nous la croisions sur le chemin de l’église, le chignon haut au sommet de son crâne d’obus pur.. Sous lequel nous imaginions des rêveries échevelées de rapt et d’ignominies.

Sortant de la vision de Fond de fût, je fermais les yeux pour entendre les voix douces de jeunes filles arabes. Elles ne livrent pas leur nom. Il faut les convaincre que vous ne les mépriserez pas parce qu’elles s’appellent Leila. Elles ont peur qu’on les croie de citées où la tournante ronronne depuis la cave. Oui, Fond de fût. Avec un pote musclé à l’entrée.

Ces voix là sont mélodieuses, Pied de Vigne, si tu savais.. Elles sont, comment te dire ? Des voix transfuges. Elles savent le prix du billet pour passer d’une civilisation à une autre, atterrir dans un pays où la femme sera respectée.

Oui, mes amis, j’entends des voix de bouts du monde insoupçonnés. Des voix du Laos, de Croatie, d’Iran. D’Amérique latine délicieusement romantiques. Des voix de Mer Rouge et de Kat. Des voix de cuir de Russie. Des Lettonnes à la mamelle pâle. Des caparaçonnées d’or pour défier un taureau à cheval. Des voix qui sautent les frontières, les siècles. Les deux à la fois, les mains accrochées à leurs épaisses robes jusqu’au genoux pour que les barbelés ne les déchirent. Des voix aux ondes comme des chansons. Comme des limons. Ou comme des tisons. Lorsqu’un œil noir te regarde. Des voix de toisons de rousses. Des d’oraisons. Des qui crollent.

J’entends des voix que l’on surprend avant qu’elles ne zippent leur sac de couchage à la belle étoile, puis des immatérielles, des métalliques, des irréelles. Par exemple celle que j’ai entendue en appelant à l’heure exact où le Web relayait les attentats du 11 septembre en temps réel.

Elle éclatait d’un rire zombie, cette voix d’homme. Elle était excitée. Shootée. Joyeuse, cette voix de fou. Elle sortait d’une console à prodiges qui n’avait pas fermé les yeux depuis quand ?

A l’instant même où mon interlocuteur décrochait, son écran lui montrait les boules de feu. Il en jouissait depuis une partie de sa cervelle avide en spasmes.

Il est vrai que les images étaient tellement graphiques : avions dans le ciel pur, tours immenses, bénédiction de la flamme jaune sur fond de métal, de verre et d’air..

J’ai perçu, ce jour là, le ricanement exalté d’un homme abandonné dans un cosmos où l’avait lancé la ville. Vous comprenez ça ? Il y avait poussé pourri d’ego d’égout. N’y croissait aucune plante, n’y respirait aucun arbre ; aucune montagne ne chicotait le ciel bleu.

— Coups de la forge du forgeron du village.

Il me vient, des voix que j’entends, des énergies, des sincérités et des mensonges. Lorsque j’en écoute une il me semble que je la « sonne » comme une cloche de petite église au fond du soir.

L’une parcourre les collines et je perçois ses nostalgies fraîches. Ses hyménées fragiles. Une autre bronze comme un bourdon las de la guerre. Une troisième explose dans ma chair. J’en sors éperdu ou vibrant de vie. Une autre encore me dit parcimonie. Scrupule. Humilité de quelqu’un qui fait les choses plus qu’il ne les dit.

Une dernière trahit l’attente d’une bonne compagnie qui n’est pas moi. Mais son bonheur, elle me le donne avec sa voix..

Ah ! Les voix.. Voix d’anathème. Voix qui houspille. Voix qui gaspille la facilité de vivre. Voix de poisson avec des arrêtes qui font dire « arrête ». Le temps que l’on sorte par le bout de sa langue leurs épines de bête. Voix qui roupillent. Voix qui vous pillent. Ou vous épient comme des oreilles. Voix hérissées de rares poils de cul sur la tête. Rondes comme des billes. Voix d’anthracite parties en poussière jusqu’à votre narine où elles se plantent et piquent : vous en avez encore l’odeur une heure après.

Voix de Sabbat. De balais. De sorcières. Voix d’odeurs sous les bras. Voix d’emphase. Voix d’arbrisseau. Voix de ruisseau. Voix de puceaux. Voix de fonte des neiges. Voix d’aigle dans le ciel très pur. De statuette d’agile argile. De milan le bec sur un serpent. Voix en pente vers les galères avec leurs boulets. Voix d’arpète, de surin, de fouine. Voix d’arrimage à des pontons peu sûrs. Voix de mage. Voix d’irrespect. De pète sec. Voix d’immondice. Voix d’« On m’a dit.. ». Voix d’« On ne me l’avait encore jamais faite, celle là ! » Voix d’à midi pétante. Voix d’arquebuse. Voix de buse. Voix d’hypogée jusqu’où s’élèvent nos yeux alors que notre nez coule parce que la cathédrale n’est pas chauffée.

Voix d’hier pas frais. D’avant-hier au papier jauni. Voix de journal plié en quatre dans les waters au fond du jardin d’une ferme. Voix d’hystérique retenue par les bretelles de son string à la hampe d’un drapeau en berne. Voix d’Eric Bern aux boucles artificielles qui rendent compte pourtant parfaitement de sa souriante aventure. Voix d’armature. De littérature. D’atrabilaire. Voix légère comme une plume. Voix volant comme deux ailes. Voix entre deux gendarmes..

Voix solidaires comme les trois mousquetaires. Voix va savoir pourquoi ? Voix qui va vite. Voix comme je te pousse. Voix inaudible derrière la vitre. Voix décillée de ne plus croire. Voix de l’avoir. Voix de l’être. Voix du hêtre, du bambou, de la flûte. Voix qui « flûte ! », Voix du traître idéal. Voix qui « zut ! », voix qui « Merde ! ». Voix qui « Je t’aime ! Viens plus près..». Voix qui « infiniment ». Voix qui « passionnément ». Voix qui « à la folie ».

Voix qui « allez en prison, et si vous passez par la case Départ ne touchez pas Francs vingt mille ». Voix qui « en veux-tu ? ». Vois qui « en voilà ». Voix qui « Revenez à nous dans quelques mois ». Voix qui d’oie. Voix qui de jarre. Voix qui d’outre. Voix qui de loutre.

Mais surtout voix émouvantes parce qu’en route, et vous me pardonnerez si j’y insiste, mes amis, voix de magrébines, d’asiatiques, de croates, énigmatiques et émigrées de tous pays où la bombe tombe. Où le frère jaloux tonne. Où le dieu de passage (et qui n’est pas reparti – ce con ! Il avait pourtant son billet pour l’oubli.) « voit tout »..

Rafraîchissant vent de liberté de la femme par le numérique. « By by tyrannie ! Vive la France et les nouvelles technologies !» Heureuse colère des orages qui font remettre en poche les pattes des incestueux.

Les canons des violents s’abaissent un instant. Juste le moment pour elles de prendre le bas de leur jellabah et de courir.

Fuir. Pour éviter que la « Mamma » n’ait à brandir le drap du mariage taché de sang. Faute, ailleurs, d’avoir enseveli dans la neige l’enfant fille à sa naissance. Après quoi, retour à la maison en baissant les yeux devant qui de droit. Devant roi mec, roi dieu. Une main sur la bouche des autres enfants...

Voilà ! Elles nous arrivent de probables enfers. Elles occupent des postes stratégiques. Dont, pour commencer, celui d’assistantes de direction.

Leurs noms font rêver, mes amis, à commencer par cet extraordinaire là : Alexandra Atamaniouk ! Ce qui veut dire « petit canoë » en Inuit ! Elle est venue jusqu’à nous, la petite Alexandra, parce que la glace fondait là bas ? Si bien que les phoques aussi s’enfuyaient ? Ils lui auraient fait traîneau vers le Sud ? Jusqu’à ce qu’il fasse beau pour elle ?

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mercredi 10 décembre 2008

3 - J’entends des voix !


Suite du précédent épisode de « Dieu sera Web ! »..
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3 - J’entends des voix !


Le « cold caller » appelle des prospects ne le connaissant pas.. Il chasse l’information stratégique et le rendez vous fruiteux.

Ne se faisant jamais voir lui-même, il peut travailler depuis chez lui. Tel est mon cas. Ma ligne de téléphone relie donc notre ferme Gasconne à des directions de la communication ou marketing de « grands comptes » en région parisienne. Après avoir descendu la colline grâce à trente poteaux de bois au haut desquels cette ligne téléphonique s’alvéole, se couvre de givre et étincelle lorsqu’il a neigé et que le ciel est bleu.

Je dispose d’un avantage extraordinaire : la paix de l’esprit. A quoi porte un environnement proche de l’idée que beaucoup de franciliens se font du Paradis.

Mes amis Pied de Vigne et Fond de fût voient très bien la chose. Ils sont tous deux allés pour le concours Lépine à la Foire de Paris. Ils en sont revenus ahuris comme deux hirondelles à qui on aurait piqué leur sens de l’orientation..

En attendant, ils voudraient des précisions :

— Tu peux nous en dire plus sur ton nouveau boulot ? Parce que depuis qu’on ne te voit plus guère à l’atelier..
— J’entends des voix !!
— Tu entends des voix ? - Le pouce de Pied de Vigne cherche sa mèche.. La lourde main de Fond de fût descend de son habituelle position haute et son soufflet pousse un flou prout perplexe..

Oui, des voix, mes amis.. Le métier de la parole est d’abord une question d’oreille !

— Alors, ces voix ? »

Il y en a qui appellent : « Je suis perdu.. ». Ce sont des voix de vieux chiens. Avec des sanglots longs comme leurs oreilles traînant à terre.
Il y a aussi des voix murs. Des voix dures. Des au dessus des lois. Des « Qui me parle d’en bas ? ». Des voix d’à la suite de l’envoi je touche. Des voix qui vous mouchent. Et paf ! Elles ont raccroché.

Il y a des voix de bouche comme il y a des bains. Des parfums. Des buées. Des voix de devins. Des voix de bonneteau : « Elle est passée où la Dame de cœur ? ». Des voix de bon aloi, force à laquelle doit rester la Loi. Des voix d’« Et moi ? Et moi ?». De désarroi. Des voix de vous à moi. Des voix de « Halte là ! ». De « Qui va là ? ». Des voix de mitraille au mot de passe oublié : « C’est de la part de qui ? Elle vous connaît ? »

Il y a la voix de Jacques Fouroux qui percute le sens. Le fait rebondir. Le renverse. L'invente. Nous fait lever le poing. Insulter la petitesse des mots s’ils ne tremblent pas d'amour..

Cela fait drôle et peine, n’est-ce pas, mes amis ? Et sel de la terre que perd l’outre de l’âne à traverser le gué de la fable, que des voix comme celles là ne soient plus là pour lancer, depuis leurs résonateurs naturels d’acier, le sens des choses, tant l’argentique est rare à aimanter nos existences !

Qui n’aurait attelé sa mule. Avec barda. Epées. Trophées à venir ? En entendant Jacques prêcher sa croisade à lui, mes amis ? Celle du rugby de l'amitié et de la rage ? Nous sommes morts de ne pas être impatients comme lui et c’est lui qui gît !

— Sanglot long du soufflet de la forge..
Il y a, bien sûr, des voix délayant la chose dans du : « Je vais voir ce que je peux faire pour vous.. ». D’autres qui brandissent des rebuffades. Ou des voix enjouées d’anges. Ou des voix prêtes à se briser. Des aux anfractuosités mystérieuses. Des à la superbe blessante. Des « Laissez moi vous dire une chose.. ». Des « Tout est fini entre nous avant de commencer.. ». Des voix « Je n’ai rien compris. Recommencez. ». Des voix « Je suis en réunion, rappelez.. ». Des « Enfin, c’est vous ! ». Des qui « Ouiiiii… ». Comme le fruit.

Des « Que nenni ! ». Des de hennins hautains. Des de mitaines qui ont froid au bout de la langue, des d’engelure. Des repues. Des de gestes vains de souverains épuisés.

— Et, si tu nous décomposais tout ça ? Demande Pied de Vigne.. Alors que Fond de fût se grattait la fesse.

Pendant ma tirade, il avait attendu de savoir quand il aurait à tirer sur la corde de sa forge pour ponctuer un passage particulièrement remarquable.. N’en percevant pas il hésitait, sentant la crampe venir.. Sa main avait tressauté au passage : « voix de bouche comme il y a des bains, des parfums, des buées ». Mais la suite s’était emballée. Il n’avait pas eu le temps de laisser s’exprimer son soufflet.

Fond de fût abhorre interrompre.. Il avait donc maintenu son bras levé. Mais levé dans le genre crispé. Pour ne pas rater l’occasion de ponctuer..
Au passage « Tout est fini entre nous avant de commencer.. », il allait à l’anneau. Mais j’étais reparti.. Au bout du compte, entre spasme et détente, il sentait venir la crampe..

En fin de tirade, je lui fais un signe. Il affale enfin sa poigne. Ce qui donne un grand et long « Pffouuuuut ! » de dégonfle. Pendant que le soufflet qui n’en peut plus relâche son air sur des braises à la limite de l’endormissement. Et moi, je reprends..


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mercredi 3 décembre 2008

Un drôle de job m’a sauvé la gamelle..


Suite du précédent épisode de « Dieu sera Web ! »..
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— Un drôle de job m’a sauvé la gamelle avant Internet. Vous voulez que je vous raconte ?
— Oh ! Oui !

Aktis Cinéma est une micro entreprise sise au sein d’une délicieuse petite maison en recoin dans un jardin des Minimes à Toulouse.

On y entre par une rue pavée courte et tranquille. Quelques riverains. Leurs demeures sont si discrètes qu’un jouet oublié est ce qui les distingue le mieux les unes des autres. Pas d’exhibition : de la rouille plus que de la peinture. Ou bien les écailles d’un ancien vernis anti-pluie sur les portails et les volets. De bas murets ou des haies laissent passer les regards, les chats et les chiens. Chaque habitant prend garde à ne pas faire le fier. Les hirondelles s’en défieraient. Elles sont nombreuses à nicher sous les auvents. Pourvu qu’elles reviennent ! semble dire l’abandon des maisons.

Moins celles-ci se feront remarquer, plus elles seront heureuses de changer de millénaire sans qu’on ait à leur reprocher d’avoir fait les folles parce qu’il arriverait. On attend le nouveau avec un peu d’appréhension. Va-t-il nous débusquer ? Elles ont l’air de se demander cela, les maisons des Minimes où je vais..

Leur discrétion est renforcée par la construction d’un immeuble de quatre étages. Neuf et tapageur. Ocre et blanc. En bout de perspective. Face à ma petite rue sans histoire. Il s’enhardit dans celle qui lui est perpendiculaire et s’en va on ne sait où.

Ou plutôt, si ! On le sait trop bien ; elle mène trois kilomètres plus loin à « la route de Paris ». Qui fait du nord et du bruit. On aurait absolument la paix sans cette idée là.

Depuis le début du chantier, on dirait que les constructions plus anciennes se le sont tenues pour dit. Plus un geste ! On saura se reconnaître comme pendant le maquis. A d’imperceptibles remuements de feuilles dans les arbres. A une certaine manière, sans paraître y toucher, avec laquelle on laisse pousser l’herbe entre nuages et pavés.

La ronde des belles autos venues visiter l’appartement témoin du nouvel immeuble, on fera semblant de ne pas la remarquer. Non, rien ne trahira ce si particulier anonymat du millénaire qui s’en va.

Au premier tiers de la rue : une palissade. Quelques hangars ouvriers imaginés derrière.. Elle cache l’atelier de cinéma où je me rends. Du 24 images par secondes, s’il vous plait. Et pour la vidéo, une vraie Bétacam ! Ces caméras professionnelles coûtent à l’époque le prix du deux pièces à visiter cent mètres plus loin.

Le créateur d’Aktis cherche une fée pour relancer son affaire. Il vient de tourner en extrême orient un très beau film pour Airbus. La bande son fait frissonner : timbres argentiques et graves de trompes tibétaines. Chants de bonzes gutturaux. Résonances nasales métalliques fascinantes. Plans forts, montage parfait : pertinence du suspens et du sens.

Assister au montage d’un film trouble. Pied de Vigne, que j’ai invité le confirmera. Quant à Fond de fût, il est resté les bras bas. Sa main droite ne cherchait plus la poignée de sa corde reliée à son soufflet géant. L’émotion lui coupait les gaz.

Plusieurs raisons à cela. Il y a d’abord le rythme qu’apporte une rupture permanente dans le tempo. Il faut à la fois traiter le sujet et surprendre, jouer du temps, lui laisser le loisir presque de bailler et le suspendre. Mais ce qui bouleverse, moins que l’image à elle seule, est l’incruste des bandes son l’une après l’autre.

Une piste musicale importée dans l’histoire. Une autre de bruits enregistrés sur place (la forge de Fond de fût pourrait faire l’affaire, elle qui chante la colère de n’importe qui de soupirant..) Une troisième pour voix off. Une dernière enfin pour un murmure au fond de l’image.. On peut alimenter jusqu’à douze pistes sonores différentes..

Au vrai, un film muet, sa chair n’est pas là. Le silence est un isolant. Quelque puissants soient les plans, les personnages, les vues elles-mêmes, tout cela reste sous verre.

Les flammes n’ont pas de chaleur sans crépitement. Le froid ne transperce pas sans les sifflements du vent. Sans sons, le récit demeure en vrac, à plat.

C’est dans ce désert de sens que la première onde survient. Elle commence à donner de l’épaisseur à ce que l’on voit. De la vie. La seconde approfondit cette sensation. La peau des personnages brusquement dégage un parfum. Les pierres ont du grain sous nos mains. Le soleil les réchauffe. Le granit vit.

L’ingénieur du son est le naisseur des cinq autres sens. Pas seulement du sien. Il souffle sur la glaise et l’homme naît. C’est lui qui enrichit de sentiments les portraits. Même le silence alors se peuple d’imperceptibles signes qui le creusent. La troisième dimension à l’écran est la chanson des sons !

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Jean Sébastien Loygue
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mercredi 26 novembre 2008

Pour évangéliser le Bantou, il faut lui parler bantou !


Suite du précédent épisode de « Dieu sera Web ! »..
- Chez Atlantica - http://www.atlantica.fr/catalogue.php?id_club=&id_partner=&RefLien=&br_ident=&CodePromo=&tps=1226425030&nomSession=1226424988&sid=9e5e68b0838b124cb144eb1a964b0729&go=Go&Affichage=simple

Restait à identifier la faille de ce nouveau monde dont je glosais. Pour m’y inscrire et tenter d’y entraîner mes amis. Sa faiblesse m’apparut un soir : emportés dans leur élan, les opérateurs des nouvelles technologies pensaient convertir leur public de sauvages en les assommant de latin logiciel. Je cours à eux pointer cette évidence :

— Pour évangéliser le Bantou, il faut lui parler bantou !

Et, comme le premier pas de la com est de serrer des mains ; comme pour ce faire il faut prendre rendez vous ; comme pour prendre rendez vous il faut appeler quelqu’un. Et comme c’est la seule chose que je fasse bien, je suis devenu téléop dans le dur pour des Web agencies. En anglais on parle de « cold caller » (appeleur dans le froid).

— Brrreee.. ponctuaient mes copains.. Ce n’est pas là un monde pour nous !

*


2 - Les années d’avant Internet


Il y a bien mes copains, Pied de Vigne et Fond de fût, avec lesquels nous survivons quelques années grâce à l’épouvantail à calembredaines, à l’alambique à gourgandines… Mais avant cela ? Je fais comment pour la soupe de mes enfants ? Avec l’insistante demande venue du mot « quotidien » qui va si bien à l’idée du pain ? Un qualificatif à lui seul armé de : « Quant est-ce qu’on mange ? ». Ah ! les délicieux pitchouns qui crient « cui-cui » au bord du nid.

Toulouse est à 80 Km de notre ferme. Agen et Tarbes à autant. Je vis dans le bonheur. Il est dans le pré, à peine troublé le soir par le cri d’un chasseur. Bref, discret. Vers son chien. On ne tue plus grand monde ici où friches et mélancolie.

La paix, quoi ! Et l’immense temps venu d’une onde qui apaise les paysages. Si le verbe existait, on dirait qu’il les « plage ».

N’en reste pas moins que le plus important marché de l’emploi, depuis Auch en Gascogne, minuscule Préfecture du Gers, est Toulouse, loin de chez loin. J’y vais sans cesse chercher du taf. J’avais qu’à pas ! J’avais qu’à pas quoi ? Choisir à mes enfants une enfance.. Entre fouines et genêts, teintes du ciel et brumes basses dans la vallée sur le parcours de leur école, étole du ciel et parfums de la terre, naissances la nuit dans les armoires des préféré(e)s qui aideraient à accoucher des chattes à la frontière du cruel et du tendre.

Pour rejoindre le pôle Est de la ville rose, où se sont regroupés les laboratoires de recherche, je la contourne par sa paupière sud (rocade). Parti de mon Gers de l’an mille, j’atterris dans le troisième millénaire après avoir shunté les comtes de Toulouse ombrageux et fiers.

On flaire le nouveau monde dès que l’on approche l’immense réserve à cerveaux de Rangueil. Son élevage d’étudiants. Ses vaisseaux spatiaux en pleine nature. Sérénité partout, sous un ciel enguirlandé de traces de jets. Les Renault « Espaces » des Docteurs de la Loi nouvelle parcourent ce lieu depuis 1981 avec l’air « casual », le col ouvert, de réussir leur famille en plusieurs langues..

Il y a plus que du vaste dans la formule « Espace ». Il y a le loisir d’être rémunéré pour son intelligence à vie après son diplôme. Il y a la rente de n’avoir jamais à souffrir d’un job. Extraordinaire « ailleurs » pour l’autodidacte et le précaire que je suis !

La garantie au contraire de jouir d’un label combien gratifiant : « Je suis ingénieur. Je suis chercheur. J’ai choisi le meilleur. C’est pour toujours ». Oui, casual dès le lundi, promis. Et ce depuis l’âge de 25 ans ! Mon Dieu que nous sommes loin du compte dans ma campagne où l’on retourne les champs à quatorze..

Les enfants de ces « Espace », bien sûr ils sont beaux. Bien sûr ils sont épanouis. Leurs yeux regardent partout. Ce qu’ils découvrent leur dit : « Bienvenu, pitchoun dans un monde neuf ! Il y a un paradis sur la planète et c’est ici ! Les avions qui kifent leurs jolis sniffs de blanche dans le ciel bleu sont pour toi. Jamais tu ne cesseras de trouver banal d’y boucler ta ceinture.»

« La terre est ronde et elle est tienne. Grâce à toi elle va évoluer à une vitesse extraordinaire. Cela produira soubresauts, confusions, largage d’obsolètes. Tu les verras cramés au cul de ton jet. Mais jamais, à toi, il n’arrivera que tu perçoives les gaz que ses tuyères projettent. Ta place est à bord. Elle t’est réservée, petit prince..»

La traînée du décollage me roussit les cheveux, les sourcils. Jacques Perret a une tournure pleine de tendresse pour qualifier ce que je ressens. Il vient de se faire virer à nouveau (Le caporal épinglé).

« J’acceptai la sentence d’exclusion d’un visage impassible mais avec cette joie intime et délicate qui est le vice de l’ouvrier instable. »

*

Comment je fais pour aimer ceux que j’envie tant ? Comment se peut-il qu’ingénieurs et tâcherons nous nous côtoyons à si peu de pas ? Sans que le démuni qui n’a qu’un coutelas n’ouvre le ventre de celui qui s’y croit ?

Qui n’est surpris par le faible intervalle entre le tigre et la gazelle ? On voit rôder les carnivores à cinquante mètres de la harde avec ses petits !

La nature a si bien formatés les herbivores au calcul de la vitesse qu’à deux ou trois mètres près les « victimes naturelles » continuent de brouter comme si les fauves qui les croqueront n’étaient pas là.

Il ne s’agit pas d’inconscience, mais de balistique. La terreur n’a pas ajouté les kilomètres qu’elle nous inspirerait à nous...

Les premiers hommes ont ajouté le coefficient peur à leurs dispositifs de protection. Et lui ont attribué un sacré multiplicateur. L’histoire des trois petits cochons ne concerne que des porcelets roses et guillerets. L’homme, lui, a d’emblée creusé des abris antiatomiques. Même lorsqu’il n’avait à craindre, au profond de ses grottes, que des ours ou des loups fort intrigués par la disproportion entre son art défensif et leurs crocs.

De même, au moyen âge, les épaisseurs de murailles des châteaux forts n’ont rien à voir avec le pouvoir de pénétration des boulets d’alors. Lancés par des catapultes molles. Insoucieuses de tirer justes. Arrondissant leurs trajectoires. En retard d’une sieste ou d’un cauchemar.

Non, l’homme rajoute au bout. Il nous le fait au delà du treize à la douzaine. Pour un risque d’écorchure que nous nous ferions en ballade au milieu des mûres, il nous conseille l’armure.

Et bien, pourtant, les démunis côtoient leurs prédateurs ! Serait-ce parce qu’ils souhaitent marier leur fille aux princes qui les affligent ?

*

Un soir, presque arrivé à la maison, après un dégagement sur Paris au siège de la Web agency pour laquelle je travaille – c’est une longue soirée de printemps - je croise un petit homme. Soixante dix ans ? Une poche plastique à sa main. Il marche sur le bas côté d’une aimable route vicinale. Elle l’éloigne du supermarché de Auch en Gascogne.

On pourrait croire qu’il en vient. Qu’il a mangé la moitié de ses courses. Qu’il se cherche une bonne excuse pour cacher le fait à sa femme. Il marche lentement. Prépare-t-il un scénario ? Aurait-il été attaqué par des gitans ? Non, ça ne marchera pas. Des géants ? Moins encore..

En fait, il a l’œil aux champignons. Ils reviennent chaque année. Dans le même fossé. Avant de rejoindre les assiettes de ses amis.

Reste donc de l’ancien temps, dans ma province, des champignons pour pousser. Et des paysans pour les ramasser. Les cueillir irait mieux au geste qu’il fait. Ne pas perdre la racine. Trancher respectueusement, au couteau. Au ras du sol. Sans arracher. Pour cela il sera parfaitement aiguisé, son canif. Ne pas piller. Ne pas épuiser ce que le sol donne. N’a-t-il pas aussi semé des enfants ? N’auront-ils pas faim demain ?

Il est vêtu de toutes les couleurs de sa terre. Il la travaille. Il s’en est revêtu. De sa casquette à ses chaussures (il fait sec) on retrouve les nuances de son pays. Du nègre argile au grège. Du safran à la terre de Sienne. En passant par les cloisonnés jaunes des mottes. Chaque saison des champs qu’il retourne, il l’a sur lui.

Comptons aussi avec les variantes qui tiennent à l’humidité de l’air. Une colline retournée à la herse, aussitôt que la bruine a cessé, s’éventre derrière le tracteur. Au large des socs qui la rejettent sur les côtés. Sa chair étincelle comme un métal. Sa teinte est sombre par dessous, mais on la dirait vernie dessus.

Par différence, lorsque la machine passe ses rouleaux émietteurs des plus grosses mottes, s’il a fait chaud quelques jours, les arrondis des collines prendront les coloris des robes des gazelles. Le soir, par soleil rasant, nous serons ébahis par des vapeurs crémeuses. Ou chocolat. Ou vénéneuses. Elles auront l’air de couler dans nos bols ! Bonheur ou ciguë ?

Il a tout cela sur ses habits. Ses pantalons ont choisi les pigmentations du pisé sous la pluie. Sa veste, celle d’un beau temps installé depuis peu. Son chandail est un tramé de son exploitation. S’y côtoient des tournesols aux graines brouillées d’anthracite, du rouge et du jaune calme de leurs pétales. (Il tranche avec celui flashy du colza). Les sous-bois sont là aussi. Avec les ombres de leurs caches où les chevreuils naissent. Notre homme a des brindilles. Des épines. Des floraisons. Des récoltes. Le pépiement des nids sur lui.

L’ensemble fait la paix avec ce qui l’environne. Son visage aussi. On y retrouve les rides fortes des clives des carlates. Il s’agit de planches irrégulières et fines. Elles servent aux toitures où elles relient les chevrons. On les a débitées en fendant des bûches de chêne. Elles viennent sous la hache au hasard des veines du bois. Elles se sont assombries ensuite sous les tuiles. On les croirait fragiles, si minces elles sont. Si pourries dirait-on. Mais à coup de masse même on parvient avec difficulté à les briser.

Il a ses lignes de vies sur le visage, cet homme du bord du chemin droit de sa vie. Un oeil dans sa rigole. Le long de sa sente arrosée. Sa peau a pris les rayons du beau temps. Avec lequel il est né. Et les irradiations de sa glaise.

Les vents en ont touillé les mélanges selon des grâces que les nuages lui ont accordées en allant crever plus loin. Chez d’autres paysans plus accoutumés aux fatalités. Il lui en reste un bronzage tous temps, de ce beau temps.

Les coiffeurs à l’ancienne dés-aiguiseraient leurs « sabres » pour lui refaire une peau de jeune homme. Là où ses petites filles vont l’embrasser. Aux noces de l’une d’entre elles. En oubliant qu’il y eût ronces aux siennes. Il a défriché pour qu’elles soient heureuses. Encore ne les connaissait-il pas. Mais cela allait de soi qu’on épinerait l’enfer pour que d’autres buissonnent..

Au milieu de sa figure, deux yeux très vivants. Attentifs. Des yeux de gosse qui a travaillé jeune. Ils ont gardé, pendant sa vie d’homme, leur vigilance réveillée tôt, leur attention portée à ses aubes d’enfant.

Songez qu’il se levait à quatre heures au printemps. Ses premiers pas, il les faisait vers ses vaches dressées. Les suivants vers ses poules sous la clotte. Avec ses chiens qui l’accompagneraient jusqu’à la faucheuse. Puis voici les perdreaux sauvages au ras du bois. Les buses dans le ciel et la chasse aux putois.

Après quoi, combien de pas encore vers le fond du paysage où poussent mûriers, noisetiers et tilleuls ? Chênaies pour le bois d’hiver, jonchaies pour les paniers ?

Il n’y aurait guère que de l’air à ne pas s’occuper. Sauf pour les prémonitions de nouveaux chantiers à lancer dans l’urgence. Alors, les orages le diraient. On se hâterait. Le reste était à semer, trancher, repiquer, border, drainer, charroyer, dessoucher. Bûches fendre.

Même en certains endroits, il remonterait de la terre d’en bas pour la porter au haut d’un demi hectare qui se perdrait sans cela. Les cailloux qui ressortent en surface, il en ferait des murs. Combien de petits enfants aurait-il à loger plus tard ? Ce serait autant qu’ils n’auraient pas à porter.

Rien de ce qu’il avait à observer ne serait indifférent à son courage devenu gourmandise. Il en avait l’éclat dans l’œil. Pour lui, le chemin droit était celui de sa terre. Elle avait eu en elle un firmament. Il lui en restait l’enfance émerveillée dans son regard lorsqu’il croisa le mien.

Les champignons n’auraient qu’à bien se tenir ! Il les ferait revenir avec ses œufs frais au jaune presque orange. Dans une omelette persillée de gros sel. Sa femme serait revêtue de sa blouse violette. Elle la porte depuis son mariage pour préparer les trésors que lui ramène son homme du bord du chemin.

*

Je m’arrête pour lui parler. Connaît-il seulement Pied de Vigne et Fond de fût ?

— Pour sûr, les fous de pas loin du bois de Dufréchou qui se bricolent des avenirs incertains..
— Comme par exemple ?
— l’hélicoptère à sarrasin, le remonte pente à garnements, l’alambique à balivernes..

Ca y est, je suis bien revenu au pays, me dis-je..

— Ah ! Tu nous as manqué.. soupirent mes amis..

*

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mercredi 19 novembre 2008

Dieu sera Web! - La révélation...


Suite du précédent épisode de « Dieu sera Web ! »..
- Chez Atlantica - http://www.atlantica.fr/catalogue.php?id_club=&id_partner=&RefLien=&br_ident=&CodePromo=&tps=1226425030&nomSession=1226424988&sid=9e5e68b0838b124cb144eb1a964b0729&go=Go&Affichage=simple

1 – La révélation

Je suis tombé en amour du Web juste avant l’an 2000. Clong ! La porte du passé se refermait. Retour d’affection de vivre. Je crie partout « Dieux sera Web ! ». Comme d’autres : « Jésus nous aime ! ». Born again, quoi !

Bien entendu, on se demande, dans ma campagne : « Qui c’est celui là qui court les champs comme un enfant. Il a vu la vierge ou quoi ? »

A mots couverts, cependant. En Gascogne, nombreux sont ceux qui n’incendie que les cendres ; ne jugent que les déjà décapités par d’autres. Prendre le risque d’un commencement d’opinion personnelle ? Sous le prétexte qu’un foldingue psalmodierait : « Dieu sera Web ! » ?

Pas le genre au pays. « Chez nous », Monsieur, les idées se pèsent aux hyménées de fruits vendus. Et non seulement admirés : « Elle est pas belle, ma mirabelle ? ». Elle est belle si elle éclate sous la dent. On ne touche pas qu’avec les yeux en Gascogne. Et surtout si elle vaut de l’argent.

Pourtant on rencontre aussi des curieux de nature.
Des bienheureux en espérance. Et ceux-là comprennent ma folie. Mes deux potes, avec lesquels je cherche à survivre grâce à l’hélicoptère à raisin, à la bicyclette à chenilles, à l’épouvantail à spadassin, au remonte pente à gratin qui ferait aussi pelle à tarte et porte cochère, grâce au fouloir à barillet, à l’alambique à tourniquet..

Ils m’interrogent. « C’est quoi ton Web ? ». Je leur raconte le monde qui vient..

*

On l’aura compris, j’ai deux vrais amis : Pied de Vigne et Fond de fût. Nous nous aimons beaucoup et avons presque réussi à vivre de notre affection. Au moins quelques temps : Pied de Vigne invente. Fond de fût construit. Moi je tente de mettre en marché à Toulouse nos turlupinades. Quoi ? Déjà dit : L’hélicoptère à palimpseste. L’épouvantail à corneculs. L’alambique à foutriquets.. Etc.

Pied de Vigne est une ambulante poésie d’homme. Toujours dans un mouvement intérieur aérien. Où quelqu’un lui sourit. Et à qui il rend grâce. Allumé autant qu’avenant, somme toute.

Un jour, il m’a regardé. Je l’ai suivi, jusqu’à l’atelier de Fond de fût. On ne s’est plus quittés. Nous formons, depuis, une brigade des applaudissements spontanés de chacun pour le savoir faire des autres, enthousiasmés que nous sommes par la naissance de chacune de nos œuvres..

Il est un peu chauve, Pied de Vigne, sur le devant. Sa peau est de la couleur des champs d’argile émietté au disque quand il fait beau. Sa tonsure et sa teinte l’imprègnent de sérénité bouddhique. Sur son visage le bonheur d’inventer rissole.

Jeune, on peut penser qu’il fut sémillant. D’ailleurs il est toujours charmeur d’auditoires les soirs de châtaigne à la ferme. Huitième enfant d’une tribu démunie, il a compris les stratégies de ses aînés. Il reçut des câlins de ses sœurs ainsi qu’il s’en voue aux derniers nés. Enfant gâté, donc. Avisé par les femmes et la faim. Séraphin.

Il refait le monde à chaque commande et comme il est enjôleur, il lui arrive des clients. Même au fond du trou où il vit. Il faut dire que je les traîne jusqu’à l’atmosphère apaisante de ses murs en terre crue, et que sur le parcours nous flairons des Armagnac Ténarèze à tomber de cul.

Ado, Pied de Vigne avait des cheveux, donc. Sans doute aussi une mèche. Sans quoi comment nous expliquer ce geste avec lequel il se la remet sur le côté sans cesse comme si elle était encore là ? Avait-elle autrefois couvert l’un de ses yeux ? Les deux ? Voulait-il alors y voir mieux ? Ou qu’on le comprit en croisant son regard ?

Du pouce, en tous cas, il dégage souvent, si longtemps après, un torrent de poils qui l’aveuglaient il y a bien longtemps..

Au début de son orphelinat de toison il avait trouvé à sa calvitie deux avantages : le draguage de belles au dessus de son âge (le chauve fait mûr). Et celui de sembler un intellectuel dès que de petites lunettes rondes à la Gepetto vinrent compléter son personnage. Il fut donc ardent au lit et myope très tôt.. On comprend qu’à présent quelque chose en lui regrette ses cheveux d’avant.

L’équanimité de son âme, devant les bugs jaillis de ses inventions tombées en panne – ce qui arrive - et compromettant des moissons, des cuvées prévues mémorables, cette sérénité les lui fait accueillir, ses bugs, comme des amis. Mon heureux ami lutine ses propres conneries.. Je m’en étonne un jour et il m’explique pourquoi il ne s’en fait pas :

— A chaque sinistre supplémentaire avec un client, nous entrons dans l’histoire de sa famille..!

*

Fond de fût, est le clown blanc de son compère. Son visage est pâle et rond au dessus d’un corps de colosse. On l’imagine sur une place de marché, les bras croisés au dessus d’altères énormes. Un « baron » rameute les pièces en criant « Encore quelques unes et on commence ; vous allez voir comment Fond de fût se débarrasse, en une seule inhalation, de sa chaîne à pendre les cochons.. !! »

Fond de fût n’invente pas, lui, on l’aura compris. Il arrogue le fer, outrecuide l’acier, flatte la flamme, l’encourage, la complimente, la sournoise.. Il est le forgeron du village.

De temps à autres il se gratte le cul avec le même pouce que celui qui aide Pied de Vigne à se dégager le haut du visage d’une toison d’Absalon perdue.. Mais son geste ne va pas très loin : jusqu’au gras de toujours sa même fesse, la gauche. Son autre main restant obstinément brandie vers la poignée de sa forge.

Nous avons un peu de mal à croire, Pied de Vigne et moi, qu’une démangeaison véritable occasionne son tic. Pour ma part j’y vois plutôt une perplexité qui aurait conduit son ongle à son cerveau. Au moins si Fond de fût avait daigné croire qu’il en avait un au cul.

Eloigné de sa forge, il ne lui reste, dans l’attente de la réponse à cette question, qu’à se gratter le derrière avec un ongle.

*

Avant ma conversion à Internet, je n’avais rien vu venir du nouveau monde qu’apporterait le Web à nos affaires..

Avant 1999, pas d’ordinateur. Machine à écrire, chaussures de marche et sac à dos. Mais voilà que le traitement de texte me tombe par la cheminée, en même temps qu’Internet à Noël. Merci les enfants !

Eblouissement, respiration de la tête. Réunion des amis.

— C’est là qu’il nous faut aller pour trouver une nouvelle croissance..
— Où ?
— Sur l’Internet !
— Explique nous..
— Vous vous en souvenez, un jour il prit aux poissons l’idée de parcourir la terre. Non ? Donc ils ont eu à penser comment protéger leurs organes vitaux de la pesanteur. Et il s’est passé quoi, à votre avis ?
— ??

Mutisme intrigué de Pied de Vigne et de Fond de fût. Ce dernier une main déjà sur la poignée de son soufflet de forge et se grattant la fesse avec l’autre.

— Et bien, des os ont remplacé les arrêtes, en même temps qu’une cage se construisait autour des poumons et des cœurs !

Applaudissement du ferrailleur..

— Une autre fois, ils voulurent, devenus reptiles, se changer en oiseaux. Et, ce coup là, que s’est-il produit, Pied de Vigne ? Et toi, Fond de fût, tu le sais ?
— ??
— Ils ont « champagnisé » de bulles leur squelette et leurs écailles se sont faites plumes..

Applaudissements de l’enclume..

— Aujourd’hui, que se passe-t-il avec Internet ?
— ??

Silence de mes amis..

— L’homme a entamé sa grande transformation. Il était individu, il devient espèce. Il polymérise sa conscience...

Les yeux de Pied de Vigne et ceux de Fond de fût partent au plafond de l’atelier où l’énorme soufflet attend qu’on l’anime. Fond de fût tire sur la corde. Le feu revient rosir ses braises..

— Vous serez d’accord avec moi, il y avait autrefois, en haut des mâts, des vigies. Non ?

Mes amis disaient oui.

— De plus haut, elles voyaient plus loin. On leur demandait d’annoncer la terre, pas vrai ?

Pied de Vigne hochait la tête. Fond de fût acquiesçait d’un coup de soufflet..

— Pourtant, les Cassandre du siècle finissant nous rétorquaient : « Vous avez écouté les sirènes .. Redescendez de vos mats..»

Pied de Vigne et Fond de fût descendaient de leurs mats..

— Chacun y allait de son amertume ou de sa revanche de n’avoir pas su désirer l’avenir. Tout avait-il été trop vite ? Soit ! Mais, Pied de Vigne, mais Fond de fût, de tous temps les vigies ont vu la terre avant les autres Est-ce que pour autant elle n’apparurent pas ? Là où les mousses dans les hauts du gréement les pressentaient ? La nouvelle économie fait route vers les îles, mes amis. J’en suis sûr. Les idées enfin circulent. Comme elles circulèrent en Grèce pendant cette fenêtre de tir de l’histoire où naquit la démocratie. Une belle idée venue du bouche à oreille, le marketing viral de l’époque aujourd’hui devenu le buzz des messageries.

Je m’emparais de la corde. J’actionnais le soufflet de Fond de fût. Je me rappelais, en outre, ce que j’avais lu.. A la campagne on a le temps de lire.. Par ailleurs, Pied de Vigne est abonné à Science et vie Junior ; on se passe la revue. Nous partageons de la sorte une culture commune de l’éboulis sémantique.

Je me rappelais donc avoir lu que l’évolution du vivant n’est pas uniforme. Tu te souviens de cet article, Fond de fût ? « Heu.. » Elle alterne entre de longues périodes de croissance endormie. Et d’autres très brèves pendant lesquelles sa mécanique s’affole. « Ca me dit quelque chose en effet », murmurait Fond de fût, plutôt faux cul en l’occurrence..

Certaines grenouilles par exemple, rappelez vous (mes amis feignaient de se souvenir..) en des circonstances hostiles et soudaines génèrent des monstres absurdes. A grande vitesse. En quantité. Leurs œufs font naître des petits à six pattes. D’autres avec un troisième œil sur le front. Leur race tente ses chances en tous sens. Jusqu’à ce que survienne le « mutant ». Le coup de génie qui permet de s’adapter aux circonstances. Pied de Vigne et Fond de fût feignaient de savoir cela par cœur.

Ceci ressemble à ce que nous observons avec Internet. : Le fond de l’affaire ressort de ces sprints de l’histoire, mes chers amis. Il est que « The show must go on ». Le vivant fait son job ! Et c’est quoi ?

— L’éternité… répondirent ensemble Pied de Vigne et Fond de fût. L’un replaçant sa mèche. L’autre se grattant la fesse..

Je m’enflammais : aujourd’hui, des yeux s’ouvrent sur les fronts ! (Ils portaient la main machinalement l’un au sien, l’autre où l’on sait..) Les cahots témoignent qu’un changement s’opère en urgence. Pied de Vigne et Fond de fût feignaient de n’être pressés en rien.

Quant aux ratés de cette mutation, qui devraient-ils étonner ? Rappelons-nous les reptiles, lorsqu’ils décidèrent de devenir oiseaux, leur invention de l’os à bulles. Demandons-nous si leurs premiers pilotes d’essais ne se sont pas ramassés plus souvent qu’ils n’ont crié : « Maman, je vole.. ». On connaît la fin de l’histoire, n’est-ce pas ?

— Ils volèrent ! S’écria Pied de Vigne.. une main à ses cheveux d’autrefois..

Nous jubilions de trouver les bonnes réponses aux questions qu’entre amis nous nous posions depuis longtemps : pourquoi tant d’inventions, telles que l’hélicoptère à renoncule, la bicyclette à baldaquin, l’épouvantail à Sardanapale, le remonte pente à fruits confits, l’alambique à Jean-foutre.. ? Nous nous découvrions des énergies de mutants !

— Ton Web, ne s’agirait-il pas d’un nouveau « mouvement romantique » demandait Pied de Vigne, l’instruit, prêchant le faux pour savoir le vrai ?
— ??
— De celui de la nostalgie ? Rappelons nous, embraquait mon ami (nous embraquions) : l’Empire a fini sa chevauchée. Les campagnes se peuplent d’éclopés glorieux et pauvres. Unijambistes. Borgnes ou manchots. Le visage sabré. Ils portent les derniers vêtements qu’ils possèdent : leurs uniformes de la Grande Armée couverts de poussière par-dessus les médailles.

Fond de fût et moi compatissions..

Ils n’ont rien à faire. Poursuivait l’intello. Qui voudrait d’eux ? Ils ressassent leur passé. Leur bravoure. Leurs batailles, leur fascination pour l’Empereur. Des jeunes gens les écoutent. Le reste du pays les fuit ou les plaint : la paix est enfin revenue dans les champs.

Fond de fût tirait sur le cordon de son soufflet. A l’avenir, il poncturait la séquence par de discrètes réanimations de sa flamme aux bons endroits..

On répare les haies, poursuivait Pied de Vigne. Les haines aussi. C’est la « Restauration » : les Rois reprennent le pouvoir. Les nobles récupèrent leurs biens. Ils méprisent l’esprit d’aventure. Retour aux « Qu’en dira-t-on ? » Et aux « Ça ne se fait pas !».

— Fond de fût et moi-même : « Tss ! Tss ! Tss »..

On ne se mésallie plus. Les Maréchaux d’Empire s’enfuient alors dans les campagnes, au sud, de préférence. Ils achètent des fermes. Ils ont trente ans. Ils n’en peuvent plus. Ils se terrent.

Pendant quoi, la jeunesse qui ne va pas aux travaux de la terre, celle qui lit, écrit, voyage, elle écoute les rescapés de l’épopée ; elle rêve..

A quoi ? Mais à la gloire de chefs de guerres qui le furent si jeunes. A celle des demis soldes que sont les grognards suçotant leur gloire sur des chaises perdant leur paille. Ils sont comme de très vieilles gens au bord des routes. Ils regardent passer les charrettes. Elles sont à nouveau pleines de grains et de foin.

— Petits coups de la forge.. Ongle du pouce passé sur la fesse..

Ces carrioles leur rappellent d’autres attelages qui tiraient les affûts des canons, portaient la cantinière et les boulets.

Cette jeunesse instruite et oisive, jetée dans la désillusion des gloutons revenus aux affaires, désespère et se dit : « Je suis née trop tard ! ».

Son âme part en voyage dans les regrets. Elle emprunte telle route qui poudroie. Elle suit des yeux tel héros, lorsqu’il remonte à sa maison, au sommet d’un coteau. Ton « Romantisme d’Internet », Sébastien, c’est celui là ?

Celui d’un moment de désenchantement du monde, veux-tu dire, Pied de Vigne ? Je ne le crois pas. Au contraire, le romantisme d’Internet tourne le dos à ton bal d’idées noires. Les vieilles gloires y sont rares. Les jeunes heureux y sont nombreux. Tout à l’envers. Et somptueux !


— Standing ovation du soufflet…

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Jean Sébastien Loygue
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jeudi 13 novembre 2008

Dieu sera Web! - Action


Suite du précédent épisode de « Dieu sera Web ! »..
Action !

Ca flingue de partout sur l’Intranet ! Pow ! Pow ! Pow ! Les coups de colts à l’écran.

Le nouveau DG n’amuse pas le terrain. Un mètre quatre vingt quatorze. Pousseur en mêlée. Sauteur en touche. Né à Marseille. Avec sa rue, je vous prie. Je veux dire son nom de rue. Vous ne comprenez pas ? Il s’appelle du nom d’une rue où il est venu au monde : De Grammont ! Peut on mieux naître ? Elle côtoie la corderie royale avant d’embouquer celle d’Arcole. Sous les yeux de la Madone ! « Tu peux y aller, mon petit. Je veille sur toi ! » Avec une protection pareille, il pourrait faire toutes les conneries qu’il voudrait ! Il les fit.

Vieux port à deux pas. Passeport pour voileries. Rues en pente vers les galères, et les putes si l’on descend des oratoires réapprovisionner sa bourse à péchés. Barreaux pour vous défendre, des fois que sortent de la mer des mariniers sabre au clair. Ou des évadés fers aux pieds.. Avec des sourires inquiétants et de rares incisives qui vous émasculent.. Les autres ont pourri !

Né là, grandi là, Xérès. Plus haut que les autres, ça aide au collège. « J’ai ma rue, ta gueule ! ».

Après il aura son voilier, Xérès. Qui ne coulera pas comme le « Pitalugue » de Marcel Pagnol. Qui ne se rappelle ce « pointu » qui avait l’hélice si grosse que quand on l’éloignait du ponton au moteur c’est le bateau qui se mettait à tourner. On ne dira jamais trop combien les voiles sont nécessaires, mamelles pour les yeux, tendres aux mains, aussitôt que quelque chose vous dit de vous rendre quelque part autrement qu’en voiture à cheval ou à pied.

Non, Xérès De Grammont (on a séparé la particule à la Restauration) ce qu’il a qui se met à tourner quand on le démarre, ce sont ses colts.

Sur l’Intranet, il tire avec ses doigts gros comme des courges. Se faire virer, en anglais, se dit to be « Fired ». Traduisez : se faire fusiller. Pow ! Pow ! Pow ! Chez UWellCom, personne n’a plus un poil de sec !
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mercredi 12 novembre 2008

Dieu sera Web! Présentation











Bonjour,


Ce blog décline, épisode par épisode, un gentil fou livre. "Dieu sera Web!'
- Chez Atlantica


"Au début je suis allée vite : j'avais calé les enfants devant l'intégrale de Droopy (même à 5 ans ils marchent comme un seul homme), la machine à laver ronronnait paisiblement, France Inter bafouillait en fond sonore. J'avais 2h de liberté devant moi et je décidai de vous consacrer ce luxe.

Parce que vos mails sont à nuls autres pareils.Comme vos textes. On dirait que l'écran et le clavier peinent à les contenir. Mais ils n'en sont pas lourds pour autant. Juste débordants."Dieu sera Web" est à cette image.

Au début j'ai lu comme vous m'aviez conseillé. Puis je suis revenue en arrière. Puis je suis allée à la fin. Le texte s'y prête. Il a ce côté hypertextuel qu'a créé Internet. C'est merveilleux de voir cette vie parallèle à la réalité, morcelée mais complète, si bien dite.Merci pour ce moment..."

(1) Anita Beldiman Moore est la créatrice du site http://ecrits-vains.com/

Elle est documentaliste à Sciences Po Paris.
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Présentation:

« Dieu sera Web ! » s’écrie l’auteur en 1999. Il vient de découvrir Internet. Il bricolait jusque là des machines invraisemblables. Songez : L’hélicoptère à raisin. La bicyclette à chenilles. L’épouvantail à spadassin. Le remonte pente à gratin qui ferait aussi pelle à tarte et porte cochère. Le fouloir à barillet. L’alambique à tourniquet…

J’en passe d’inspiration moins paysanne telles que le passe plat qui ne dit mot ou le correcteur de solécismes.Toutes inventions réalisées à l’atelier de forge de « Fond de fût ». Malheureusement elles ne se vendaient pas si bien que ça.. Il était devenu urgent que cette nano entreprise trouve son relais de croissance.

Et voilà que Paf ! La révélation ! Au bon moment. L’Internet surgit dans le paysage ! Notre homme s’exclame : « Dieu sera Web ! ». Et cet homme c’est moi !Illuminé mais pas fou, je trouve le moyen de tirer profit du Réseau depuis ma campagne « profonde ». Ne le sont-elles pas toutes ?

C’est ainsi que je deviens « cold caller » (1) à partir de ma ferme en Gascogne. Pour d’illustres entreprises parisiennes de « marketing digital ». Tue Dieu ! Je changeais de braquet. De siècle !Le récit alterne donc entre des vues du « bonheur est dans le pré » et des croquis de Directeurs d’entreprises de com digitale parisiennes. Onirique, généreux et caustique.

(1) Le Cold Caller est un téléopérateur appelant des prospects froids qui ne savent rien de l’entreprise pour laquelle il travaille.
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À la semaine prochaine ?

Bien cordialement,

Jean Sébastien Loygue


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